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 La Mascarade [introduction]

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Veole
"La sirène"
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Date d'inscription : 25/02/2013
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MessageSujet: La Mascarade [introduction]   Lun 11 Mar - 15:07

L'alchimiste sur sa couche tremblait de fièvre. Veole elle-même suffoquait encore de l'excitation de la fuite. Cette maudite grotte aux relents moisis et aux murs suintant d'un fluide maladif l'avait laissée pantelante, faible et pâle, et elle avait eu raison de la bonne santé de son compagnon d'infortune.

"Quelle plaie... Ces bons à rien de truands d'opérette, des pleutres incapables... Pas foutus d'avoir de la suite dans les idées... Aurions pu mourir là-bas que même pas y s'en seraient rendu compte."

Susurrer son venin aidait Veole à se retrouver, progressivement. Maintenant qu'ils étaient au calme, dans la douce tiédeur du soleil d'après midi filtrant à travers les tentures écarlates de sa roulotte, le temps semblait reprendre son cours. Seules réminiscences de leur séjour en captivité restaient la désagréable sensation que lui procuraient ses vêtements encore humides et la lente et laborieuse respiration de Garvieski.

"'reusement que chez nous ça y travaille un peu mieux. De fiers rougifiards qu'en ont dans la culotte. Faudra remercier Daesmon. Et Ankarine. Et Nirya. Et puis peut être le chien aussi, mais j'ai oublié son nom."

Un oeil dehors, par l'entrebâillement des cloisons de tissu. La norne s'était éclipsée assez vite après leur arrivée, éternelle lunatique au mutisme buté. Veole ne s'en plaignait pas : sa roulotte c'était pas tout à fait le pavillon du ministre, et avec son bonhomme grelottant en travers de la couchette et le bordel qu'avait mis le clébard...

"Ah oui, non, pas le chien en fait."
"Pauvre bête."

Son regard voilé et ses lèvres agitées de tics lui donnaient l'air d'un mourant que la raison abandonne. Malgré tout il fit l'effort de se redresser et se tint bien droit, un court instant, avant de vaciller et de retomber mollement contre une armature de bois. En réponse, la vieille roulotte grinça et ils restèrent silencieux pour l'écouter. Les bruits de la rue et de la taverne proche leur parvenaient étouffés, les confortant dans l'agréable cocon de soie usée et de senteurs épicées. Veole se laissa bercer un moment par la douce musique de la vie citadine mais Garvieski ne semblait pas parvenir à se détendre enfin. Il esquiva son regard et baissa les yeux sur le désordre ambiant.
Les effets de la petite rouge étaient sans dessus-dessous. La précieuse malle avait été malmenée et dégueulait désormais sur le sol une imposante masse d'objets hétéroclites mêlés de froufrous bariolés. On distinguait parmi ceux-ci une étrange collection de masques aux visages grimaçants.

"Sont-ils magiques ?"

Une question anodine, une taquinerie, rien de plus que de quoi masquer son embarras. Pourtant le rire de Veole fusa. Elle le laissa éclater, ricocher sur les parois de son petit nid et au-delà, au dehors. Cela faisait un bien fou... Et elle lut sur le visage de Garvieski qu'il y trouvait son compte lui aussi. Alors elle inspira et fit grincer la roulotte encore une fois pour cabrioler vers l'avant, là où elle se hissa sur la malle renversée.

"Si ils sont magiques ? Mais tu ne crois pas si bien dire petit pote !"

Du haut de sa petite scène improvisée, elle se saisit du premier masque à sa portée. Il s'agissait d'une vilaine figure aux traits déformés d'un rictus de rage et de peine, feuilletée d'éclats de boue séchée. Sans hésiter une seconde, Veole se l'appliqua sur le visage et l'y maintint d'une main tandis que l'autre entamait d'abracadabrantes volutes devant le nez de son ami.

"Je suis Baptiste, l'Ettin triste ! Car je suis triste, si triste que j'en pleure des rivières."

Parce qu'il était bien gentil, Garvieski entra dans le jeu. Son air amusé ravissait Veole.

"Pourquoi es-tu si triste, Baptiste ?"

"Tous les autres ettins ont de belles, grosses et solide massues... Mais la mienne est petite, oh tellement petite !"

Relevant la tête en arrière, elle poussa une longue plainte de désespoir. Sa petite voix d'adolescente mua progressivement en hululement guttural. C'était un véritable cri du coeur, celui d'un animal blessé. Lorsqu'elle l'étrangla et qu'elle s'affaissa sur elle-même, de véritables larmes coulaient sur les joues sales du masque en y creusant de petits sillons violacés sous le regard désormais franchement intrigué de son public.
Alors elle ôta le masque et se saisit d'un autre, un qui semblait fait de fleurs et d'herbe tressée. Cette fois-ci elle n'eut nul besoin de le maintenir et en profita donc pour s'enrouler de ses bras dans un très gracieux mouvement. Son nouveau visage sembla fleurir littéralement, découvrant les traits particuliers d'une sylvari coiffée d'une tiare d'argent.

"Le bon soir, petit homme au souffle court. Je suis Dame Ovalice."

Les lèvres du masque n'avaient pas bougé, pourtant cette voix n'était définitivement pas celle de Veole. Elle ondula néanmoins vers Garvieski, perdant quelques feuilles au passage, afin de l'observer de près du fond de ses orbites étonnamment creuses et sombres.

"C'est vrai qu'il n'a pas très bonne mine, le petit homme. A-t-il pris froid ?" Elle s'approcha un peu plus, sans risquer néanmoins le contact. "Hm hm hm ! Mélodrame me contait justement quelque chose à l'oreille tout à l'heure..."

A ces paroles, Veole recula brusquement, perdant quelque peu de sa grâce et de sa majesté. Elle se détourna et leva les mains mais Dame Ovalice eut tout de même le temps de terminer sa phrase.

"Peut être est-ce la perspective d'épouser une femme qu'il ne pourra jamais toucher qu'il le rend si malade ! "


Le rire cruel s'éteignit alors que Veole parvenait à ôter l'objet de son visage, l'air franchement agacé. Un autre petit rire étouffé retentit non loin mais Veole l'ignora.

"Ah Ovalice, quelle mégère tu fais ! Je t'ai dit pourtant de ne pas écouter les salades de Mélodrame."


Malgré son rire jaune Garvieski ne semblait pas plus perturbé que cela alors Veole balança Princesse-Fleur dans un recoin de la roulotte sans ménagement et continua son petit spectacle. Elle lui fit faire la connaissance de plusieurs de ses masques, parmi lesquels Docteur Willem le golem, Barnabé le familier abandonné et même Rebecca la sorcière des petits chemins.
Dans l'euphorie du moment, elle se saisit d'un dernier masque sans regarder et l'enfila, toute à ses pirouettes. Celui-ci était particulièrement repoussant. Mi-homme mi-cochon, le visage aux yeux creux arborait une peau flasque d'un blanc maladif. Son groin dégoûtant tressautant à chacun de ses mouvements semblait barbouillé de traces indéfinissables, peut être un peu de sang à la commissure de ses lèvres. De son air féroce, il toisait Garvieski avec une haine presque insupportable. Son cri rauque fit presque sursauter ce dernier.

"Anza ! Anza ! Où t'y es encore mise petite garce ? Je vais t'y montrer moi, ANZA ! Encore fourrée avec ce maudit poucrâcre ! *mime de cracher* Je vais t'y apprendre à m'respecter ! Viens là ! Et arrête de chialer ! ARRETE DE CHIALER !"

Lentement, Garvieski perdait son sourire. Ses sourcils se fronçaient tandis qu'il avait peur de comprendre. En face, Veole s'était mise à s'agiter de mouvements violents. Ses reins entamèrent une danse lascive répugnante tandis que le souffle du cochon s'accélérait, ponctué de grognements.

"C'est ça petite garce, c'est ça ! T'y diras à ton l'corniaud que c'est comme ça qu'y faut y faire !"


Le corps de Veole semblait lutter. Une de ses mains soudainement libérée de cette malsaine emprise invisible fusa vers l'arrière et s'éclata contre l'un des montants de la roulotte. Derrière le halètement animal on entendait les pleurs d'une petite fille terrifiée.
N'y tenant plus, Garvieski rassembla ses maigres forces et se rua vers Veole, à qui il arracha le masque. L'objet valdingua quelque part et s'affaissa au sol, inanimé.

Le calme revint progressivement à l'intérieur de la roulotte. Veole affichait un visage ravagé de larmes silencieuses et son regard s'était perdu dans la contemplation du vide. Garvieski lui-même resta immobile un long moment, l'air particulièrement triste. Ca n'était pas bien difficile de mettre en relation ce qu'elle lui avait raconté avec ce qui venait d'arriver. Considérant le masque du cochon, révolté, il finit par tirer doucement son amie de la torpeur.

"Tu devrais t'en débarrasser."


La petite rouge secoua doucement la tête, essuyant son visage d'une main lasse.

"Viens voir."


Se dépliant dans une longue expiration, elle se déplaça vers la sortie en ramassant le masque porcin au passage. Elle sauta à l'extérieur et fit quelques pas avant de s'accroupir au-dessus des pavés. Derrière elle, Garvieski ouvrit les tentures afin de l'observer.
Veole déposa l'affreux masque sur le sol et secoua sa boite-à-feu au-dessus afin de l'enflammer. Le feu crépita un moment tandis qu'elle revenait vers la roulotte. Sans mots, ils regardèrent la fumée noire s'élever et lentement disparaître. Lorsque ce ne fut qu'un petit tas de cendre inerte, Veole s'approcha de nouveau et se baissa pour y fouiller du bout des doigts. Lorsqu'elle se redressa, elle tenait à la main le masque du cochon, immaculé, l'air toujours aussi mauvais qu'avant, et l'agita devant Garvieski d'un air blasé.

"Par quelle magie..."

"La magie des masques."

S'arc boutant, elle déplia brusquement son bras afin d'envoyer la vilaine chose par dessus les toits. L'alchimiste la regarda faire, perplexe, tandis que le masque rebondissait sur les tuiles et disparaissait au loin.

"La magie des masques ? Qu'est-ce encore que cette nouvelle invention..."

"C'est une vieille magie, une magie cachée. C'est la magie des vieux conteurs, des court-la-campagne, de ceux qui marchent le ventre vide mais le coeur ouvert."

Elle se hissa à côté de Garvieski et s'appuya contre l'un des montants de bois, ses jambes balançant dans le vide.

"C'est l'corniaud qui m'a appris, dans le temps. J'étais très fière, parce que si tu la sais, tu ne peux la transmettre qu'à une seule personne."


Elle se saisit délicatement du masque de l'ettin triste et le fit tourner entre ses doigts, pensive.

"Une fois dans un fossé, j'ai trouvé un ettin blessé. Il s'était jeté du haut de la montagne, parce que ses pairs ne reconnaissaient en lui qu'un guerrier raté. Il agonisait, mais avant sa mort j'ai réussi à fabriquer ce masque. Ainsi une petite partie de lui ne s'éteignit jamais. Je la conserve avec moi et parfois elle me raconte des histoires. Des histoires d'ettins."


Reposant le masque, elle désigna les autres, éparpillés çà et là.

"C'est la même chose pour les autres. Ce sont des gens et des choses qui ont croisé ma route et qui m'ont touchée. Je leur ai volé un petit morceau d'âme et j'en ai fait des masques."

"Tu leur as volé... un petit morceau d'âme ?"
"Oui. *hochant tristement* Il n'y a pas d'autre moyen. Mais pour la plupart ils étaient mourants, ils n'en auraient plus eu l'utilité très longtemps. Ils ont tous accepté ce que j'ai fait."

Un moment de silence.

"Ton père n'était pas mourant."

"Non. *sans accuser le coup* Je voulais le briser, lui enlever de sa force, le rendre impuissant mais ça l'a juste rendu plus fou encore. Il a senti que je lui avais pris quelque chose. C'est pour ça qu'il a tué l'corniaud. *un autre silence* Tiens d'ailleurs, le revoilà."

Nonchalante, Veole désigna un point à côté du genou de Garvieski. Celui-ci y baissa les yeux et sursauta en y découvrant le masque du cochon.

"Mais tu l'avais... !"
"Il est revenu, comme toujours. Je n'ai d'autre choix que de le garder avec moi et de le laisser me torturer de temps en temps comme il l'a fait tout à l'heure. C'est ma punition pour ne pas avoir respecté la règle."
"La règle ?"
"Ne jamais faire un masque contre la volonté de la personne concernée."

Tristement, elle s'empara du masque et se déplaça vers l'intérieur afin de le ranger au fin fond de la malle qu'elle remit d'aplomb avant de se mettre à y ranger ses autres affaires pêle-mêle. Garvieski l'y suivit et retrouva sa place sur la couchette, retrouvant son air fatigué.

"Et celui-là, qui est-ce ?"

Il désignait un masque d'une blancheur éclatante que les activités de rangement frénétique de Veole avaient dévoilé de sa cachette. Celle-ci tourna la tête et considéra l'objet un moment avant de se forcer à sourire.

"C'est Mélodrame."


Garvieski s'était saisi du masque et le faisait tourner entre ses doigts. Il était fait de porcelaine opalescente et représentait un visage de poupée aux joues poudrées et aux lèvres peintes de façon maladroite. Ses yeux, creux comme tous les autres, étaient rehaussés de bleu pâle et de petites larmes de la même couleur décoraient ses pommettes.

"Fais attention, parfois elle..."

Mais avant que Veole ne finisse sa phrase, les lèvres du masque se retroussèrent brusquement et lancèrent un "AH !" narquois d'une petite voix nasillarde. Garvieski poussa un cri de surprise et laissa tomber le masque qui partit d'un rire qui ressemblait beaucoup à celui de Veole. Cette dernière ramassa l'objet ricaneur dans un soupir.

"Saleté. Cesse de rire sinon je te range avec Gros Cochon pour tout l'hiver !"

Aussitôt le masque s'exécuta. Veole se tourna vers Garvieski, sourcils froncés.

"Désolé, elle est invivable et ses pitreries ne sont pas drôles.
*se tournant vers le masque* Tu entends Mélodrame ? Pas drôles !"

Les petites larmes bleues se mirent à danser sur les joues nacrées de Mélodrame.

"Oooh Zaza est toujours méchante avec moi ! Si méchante !"
"Je te défends de m'appeler comme ça !" *haussant la voix*

Un petit rire sardonique lui répondit. Si les lèvres du masque ne bougeaient pas forcément au rythme de ses paroles, Mélodrame adaptait ses expressions à son humeur et le sourire malicieux qu'elle affichait à présent ulcérait Veole. Garvieski toussa un moment, mais ce dernier masque l'avait intrigué.

"Qui était Mélodrame, avant que tu n'exerces ton... art ?"

Veole resta interdite un moment, considérant l'alchimiste en pinçant les lèvres. Mélodrame en profita pour s'immiscer une nouvelle fois.

"Oh, tu peux lui répondre. C'est ton fiancé après tout, il a le droit de savoir !"
"La ferme !"

Autoritaire, Veole saisit Mélodrame par le front et l'envoya valser dans la malle, qu'elle referma ensuite avec mauvaise humeur. Le rire de la peste en porcelaine filtra encore un moment avant de s'éteindre. Garvieski avait dardé sur la petite rouge son regard le plus pénétrant. Il attendait une réponse.

"Alors ?"
"Ca, Jarviski, ça attendra une autre fois. Tu devrais te reposer, ta tête ferait fuir un troupeau de centaures."

Intraitable, elle s'approcha et le borda avec mille précautions, surtout sans le toucher. Puis elle alla de nouveau se percher sur sa petite malle et s'y enroula.

"Dors, je surveille."

Plus vraiment d'attaque pour se battre contre la rousse - et sachant très bien qu'il n'y avait rien à faire - Garvieski rendit les armes et se laissa aller au sommeil.
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