AccueilRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | .
 

 Le mystère de l'île du Crabe

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Ilhann Orwel

avatar


Messages : 111
Date d'inscription : 28/04/2013
Localisation : Loin du noir océan de l'immonde cité, vers un autre océan où la splendeur éclate.

MessageSujet: Le mystère de l'île du Crabe   Lun 18 Nov - 23:26

Un flash.

La lumière fendit la pénombre et pulsa au travers des sabords. Elle éclaira le pirate qui s’était installé dans un recoin du dortoir, à l’écart des hamacs. Tranquille, il se tenait assis sur une caisse, accoudé sur ce qui semblait être une table de fortune forgée de vieux tréteaux. Eclairé à la lueur vacillante d’une bougie, il surplombait une feuille de parchemin encore vierge.

Ce fut comme si tout s’était immobilisé, comme si chaque homme avait retenu sa respiration pour plonger l’atmosphère dans un troublant silence. Ilhann redressa le menton de sa feuille. En effet, les marins avaient suspendu leurs occupations – jeux de cartes, entretiens de leurs armes, rasage de leurs comparses, baston… - puis le craquellement sonore et puissant de l’orage déchira le silence.

Tous huèrent en cœur, braillèrent, crièrent, couvrant les derniers grondements du tonnerre qui s’éloignait à l’horizon. Ilhann esquissa un sourire. Il connaissait bien cette euphorie. Celle d’avoir bravé la tempête, et d’en être ressorti vainqueur. La fierté des marins.

Il était trempé jusqu’aux os, sa crinière noire ruisselant dans son dos nu. Son visage trahissait l’épuisement, et la rédaction qu’il s’apprêtait à entamer allait probablement l’entrainer vers le sommeil. Orwel avait terminé son quart. L’orage ne l’avait pas rendu de tout repos, lui ayant oeuvré dans les gréements pour manœuvrer les voiles face aux assauts du vent et de la pluie. Quelle n’avait pas été la surprise du capitaine MacCarthy lorsque ce dernier lui avait confié sa volonté de s’affairer dans les voilures malgré les éléments déchainés.

Ilhann adorait ces montées d’adrénalines.

Le capitaine était passé second, et le second simple matelot. Tel avait été le prix à payer pour s’embarquer sur le Mistral d’Argent et joindre les côtes de l’Ouest du continent. Romuald Destragon, c’est sous ce nom qu’Orwel s’était présenté à l’équipage de MacCarthy en espérant pouvoir atteindre la planque du Rapace. D’après les rumeurs et les informations qu’il était parvenu à collecter à l’Arche, il s’agissait bien là de l’ancien « propriétaire » de l’île du Crabe, et MacCarthy était particulièrement réputé pour trader avec le pirate. Une aubaine. Ilhann n’avait pas hésité une seule seconde en apprenant l’appareillage du navire.

Le regard de l’un des marins avachis dans les hamacs glissa vers le pirate. Ilhann prit soin de se calfeutrer contre la cloison de bois, dérobant à la vue du curieux personnage le tatouage en forme de crâne caractéristique qu’il portait sur l’omoplate gauche. Son ancien pavillon.

Lorsque le calme revint et que le navire cessa de tanguer, il reprit son entreprise. A la lumière timide de sa bougie, il pu enfin entamer sa rédaction…

« A ma rouquine,

Voilà deux nuits que je suis embarqué sur le Mistral d’Argent au service de ce corniaud de MacCarthy. Assurément, son bâtiment n’a rien à envier à l’Engeance. Il doit amarrer les côtes de l’Ouest d’ici quatre jours, où je trouverai l’équipage du Rapace. Si j’en crois les dires des informateurs que j’ai pu rallier à l’Arche, son navire était coutumier des allers-retours vers l’île du Crabe. Si je ne me suis pas trompé, nous ne tarderons pas à avoir nos réponses.

J’espère que tu te portes bien et que ce foutu spectre n’a pas repointé le bout de son nez depuis mon départ. Crois moi, ces trois jours me sont déjà pénibles et je ne compte pas faire trainer ce voyage plus qu’il n’en sera nécessaire. J’ai croisé Jessy aux abords des pontons de l’Arche, et lui ai mandé de te rejoindre à la planque afin que vous vous serriez les coudes.

Tu peux avoir confiance en Nathanaël. Il saura te dire si cette saloprie est dangereuse pour toi et les hommes, ou non. J’ai commis l’erreur de ne pas l’écouter de par le passé, et elle m’a coûté soixante hommes d’équipage, et un navire. S’il te dit de déserter l’île en attendant mon retour, Emy, n’hésite pas et fais le. Te savoir en danger me serait intolérable.

[…] - Contenu privé - […]

Je serai bientôt de retour. Prends soin de toi, et de l’équipage.

Ton Renard. »


Le parchemin fut glissé à la patte de Fergor, le faucon de l’un des matelots de MacCarthy, et envoyé vers l’Arche du Lion au Quaggan Piwate. Une note enroulée autour du papier mentionne la destinataire de ce message.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Ilhann Orwel

avatar


Messages : 111
Date d'inscription : 28/04/2013
Localisation : Loin du noir océan de l'immonde cité, vers un autre océan où la splendeur éclate.

MessageSujet: Re: Le mystère de l'île du Crabe   Mar 19 Nov - 19:28

Mais attrape là, bordel ! Foutredieu, t’as jamais cargué une voile de ta vie ou quoi !? Y’a encore trop de toile !

Je m’époumonai au travers de la tempête. Où étais-je tombé !? Ces foutus matelots dépensaient plus d’énergie à chier dans leurs frocs qu’à maintenir le Mistral d’Argent contre le déluge. Je lançai les cordages aux plus dégourdis qui s’affairaient avec moi dans le gréement et, enfin, nous repliions la grand voile autour de la vergue. La chienne claquait face aux rafales et se débattait comme une furie mais il était hors de question de la relâcher. Mes mains brûlaient à trop serrer les bouts et je devinai sans un regard que la corde avait déjà attaqué mes chairs. Ca n’avait pas d’importance.
Là, on ne se voyait presque plus. On en aurait eu assez rien que de se tenir pour ne pas être emporté, rien qu’à se cramponner à toutes ces choses remuantes et glissantes d’eau. Chaque pas mal assuré sur le bois mouillé menaçait de nous expédier droit sur le pont, voire pire, dans les gorges déchainées qui mugissaient contre la coque du navire.

Quatre jours que je m’étais embarqué sur ce maudit rafiot et voilà deux jours que j’essuyais la tempête. Nous la pensions rassasiée, elle n’avait encore fait que nous chatouiller. Une aubaine. Je ne savais pas encore lequel de mes actes avait froissé l’un des Six, mais si ces marins d’eau douce ne sortaient pas rapidement de leur torpeur, je n’allais probablement pas tarder à le savoir. J’étais épuisé. Le ventre vide, la vue barrée par la grêle et le sel, je luttais pour m’agripper et maintenir la voilure.
Autour de moi, je les entendais tous qui braillaient. A quoi bon m’époumoner !? C’était la débandade, une panique comme je n’en avais rarement rencontré dans ma vie de marin. Pour sûr, ces hommes là n’étaient pas habitués à essuyer les fureurs des vents de l’Ouest.

La foudre déchira le ciel et embrasa l’horizon. Elle tomba si près du Mistral que j’en eu le souffle coupé. Puis vint le cataclysme, puissant, grave et caverneux. Il ébranla toute la boiserie du bâtiment.

Je fermai les paupières. Un bref instant, je revécu le naufrage de l’Augure. Je revis Ilanah happée par la vague, précipitée dans la fureur des crêtes blanches… Je sentis à nouveau le goût âpre et amer de l’écume au fond de ma gorge, mon esprit se noyer sous la masse des éléments qui s’y heurtaient dans d’horribles fracas.

Non… ! Cela ne se reproduirait pas.

Depuis le gréement qui tremblait de toutes parts, je jetai un regard aux alentours pour tâcher de nous situer. Une pluie glacée barrait l’horizon en longues flèches blanches, fouettait, cuisait comme des coups de lanières sur mes épaules. Je percevais toutefois à la vue des récifs que nous nous étions rapprochés du nord en nous élevant le long de la côte.

Malheur… ! Le Mistral d’Argent se dirigeait droit vers les falaises.

- Bordel, mais qu’est-ce que vous FOUTEZ !?

J’avais beau y avoir mis toute la hargne qu’il m’était encore possible de libérer, j’avais pleinement conscience que personne ne m’avait entendu depuis le pont. Je perçu non sans difficulté le capitaine MacCarthy perché sur le mât de beaupré, aidé d’une dizaine de ses matelots. Le groupe s’affairait à retendre les cordages qui menaçaient d’emporter le mât de misaine, et de surcroît l’ensemble du gréement. Assurément, il ne suivait pas la trajectoire douteuse qu’était en train d’emprunter le Mistral d’Argent. Un regard vers la barre, je reconnu Mathias, le jeune second, qui bataillait à la maintenir.

Si cet abruti ne redresse pas dans la minute… On est mort.

Depuis mon perchoir instable, je voyais la masse sombre et menaçante des falaises se rapprocher. Le vent nous y précipitait tout droit. Qu’attendait-il !?

De la patience !? Qu’ils aillent se faire voir !

C’en était trop. Cet idiot nous précipitait droit à la catastrophe. Sans plus de réflexion, je me saisis de l’un des cordages et m’y jetai pour atteindre le pont en contrebas. Un nouveau retentissement du tonnerre couvrit le cri que je libérai alors que la corde humide emportait les derniers lambeaux de chairs de mes paumes. La chute fut rude. Comme une masse morte précipitée sur les planches, je m’y affalai dans un claquement douteux de ma jambe. Je sentis aussitôt les regards des matelots se braquer sur moi. En temps normal, je me serais volontiers rassasié de ce sursaut d’attention… mais assurément, l’heure n’était pas à la fanfaronnade. Je ne sais exactement d’où me vint cette énergie, mais je pu me redresser dans la seconde malgré la douleur et fondre vers Mathias.  

- Ola, Romuald, mais qu’est ce que tu fous !?

J’entendis la voix de l’un des gaillards m’interpeler dans mon dos. Romuald… J’avais encore du mal à me faire à ce prénom ! Dans ma précipitation, je l’ignorai avec brio et continuai d’évoluer vers le second. Au travers de la pluie qui battait, je percevais non sans irritation son air de chien apeuré, le regard fendus pour tâcher d’y percevoir quelque chose au travers de la déferlante…

Mais bordel, il ne la voyait pas cette foutue falaise !?

Je n’osais même pas attarder un regard par-dessus mon épaule pour constater combien nous nous en étions rapprochés. Mathias me vit fondre sur lui avec la hargne d’un dément…

Il ne vit pas le poing que j’écrasai furieusement contre sa mâchoire.

- Hey ! Arrêtez le, il a assommé le S’cond !

Sans me soucier des gueulantes qui accueillirent mon geste, je poussai le corps du jeune Mathias de la botte et pris la barre à pleine main. Bien au-delà de la brûlure que me procuraient mes chairs à vif, je la sentis trembler et se rebiffer sous mes paumes. Dans sa ferveur, elle faillit bien m’emporter un bras, mais l’ayant anticipé, je me campai suffisamment sur mes appuis pour encaisser son assaut. Maîtriser ce navire m’attisait autant qu’un cavalier à l’approche d’un cheval sauvage. Un véritable plaisir… s’il s’était présenté dans d’autres occasions.

- Lâche ça tout de suite t’entends !?

Un coup de feu retentit au travers du grondement des vagues. Ces abrutis me tiraient dessus !

- Vos gueules ! Hurlai-je. Continuez de tenir la voilure, et préparez-vous à virer de bord ! Larguez les focs !

Il y eut un bref silence au travers duquel siffla la tempête. Non loin du navire, les grondements continus des vagues qui s’écrasaient contre les récifs retentirent comme une fervente menace.  Le capitaine MacCarthy venait de remonter à ma hauteur et me toisait avec fureur. Je soutenai son regard, bien décidé à tirer ce bâtiment de la mouise dans laquelle le second venait de l’empêtrer.

- Vous avez entendus !? Parés à virer de bord !

Soulagement. La voix du capitaine s’éleva par-dessus les rafales. M’avait-il laissé la barre par confiance, ou par découragement ? J’avais néanmoins désormais la pleine responsabilité de nous tirer d’affaire…  Et vite.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Ilhann Orwel

avatar


Messages : 111
Date d'inscription : 28/04/2013
Localisation : Loin du noir océan de l'immonde cité, vers un autre océan où la splendeur éclate.

MessageSujet: Re: Le mystère de l'île du Crabe   Jeu 21 Nov - 13:34

Une grande clameur d’éleva du Mistral d’Argent. Les matelots braillèrent depuis le gréement, poussèrent des cris de joie de toutes parts sur le navire. C’était terminé. Nous l’avions traversée. Ce fut une grande ovation qui remplaça bien vite le grondement de la tempête.  

Je poussai un profond soupire et, à bout de force, m’affalai sur la barre. La manœuvre avait été rude. Le navire avait frôlé les falaises de quelques mètres à bâbord et le fracassement des vagues contre la coque avait bien failli nous y précipiter. Mais j’étais parvenu à redresser à temps pour nous éviter la catastrophe. Une chance pour ce bâtiment… et pour son équipage.

Le souffle court, je mis un temps à réaliser que sans mon intervention, nous serions tous probablement éparpillés aux grés des vagues.

Quels imbéciles…

La pluie déferlait encore, mais ce n’était rien comparé à ce que nous venions d’essuyer. L’enfer des marins. La fureur des vents s’était tue, la grêle avait cessé d’obstruer l’horizon. Bien trop épuisé pour capter les mouvements autour de moi, je tâchais de retrouver mon souffle. Mes bras me donnaient l’impression d‘avoir été arrachés tant je les avais ménagé à retenir les caprices du Mistral. Trempé jusqu’à la moelle, je pris soudain conscience de la morsure du froid au travers de ma chemise.

Un regard sur ma droite. Je perçu Mathias – le second – qui commençait à s’agiter sur les planches. Le bougre avait le nez explosé. J’étais plutôt fier de moi sur ce coup là. Malheureusement, allez savoir pourquoi, mes intuitions se sont toujours avérées exactes lorsqu’il s’agit de voir les ennuis se profiler… Et là, je n’avais aucun doute sur le fait qu’ils allaient arriver. Et vite.

Plus vite que je ne l’avais espéré.  

Sans que j’eusse le temps de la voir venir, je sentis une main puissante m’agripper par les cheveux et m’extirper de la barre. J’eus brièvement la sensation qu’elle allait m’arracher la tignasse. Dans un grognement de rage, je levai les yeux pour percevoir mon assaillant et reconnu non sans difficulté Herald, le quartier maître. Ce foutu Norn était gigantesque.

- J’en fais quoi capitaine ?! Il a foutu patraque le S’cond.

Je ne mis pas longtemps à me rendre compte que toute l’attention était de nouveau portée sur moi – quelle joie…  – et sentis notamment au silence des matelots que MacCarthy ne se tenait pas bien loin. Un œil jeté sur ma droite confirma ma supposition et me confronta au bonhomme.

- Eh les gars, je viens de vous sauver le cul ! Hasardai-je, la voix brisée par la ferveur que j’avais mis à brailler quelques minutes plus tôt.  

- Ferme là, mat’lot. T’as l’vé la main sur le S’cond, et t’as pas suivi les instructions ! Mathias, y nous aurait sorti d’là les doigts dans l’nez !

Le Norn referma sa prise sur mes cheveux – il allait bien finir par les dissocier de mon crâne – et je fulminai dans un nouveau grognement. Aussi, je sentis la colère m’embraser. La moitié de ces fils de carne serait mort si je ne m’étais pas acharné à prendre la relève de ce bon à rien… Mais à quoi bon chercher à parlementer ? J’étais suffisamment du milieu pour en connaître le fonctionnement et, au fond… Je crois que j’aurais probablement fait la peau au gaillard qui se serait attardé à poser ses mains sur ma propre barre.  

Quand on est borné… On est borné.

Je me retrouvais seul face à l’équipage dans une bien piètre position. L’attitude la plus sage était de loin de faire messe basse, et de prier pour que la sentence ne soit pas trop sévère. Encore fallait-il que je sois du genre à m’écraser…

Qui a dit qu’Ilhann Orwel était raisonné… ?

- Les instructions !? Je m’en carre des instructions mon grand ! Rétorquai-je en me tordant pour toiser le quartier maître. T’aurais préféré que je laisse ce bon à rien nous précipiter contre les récifs peut-être !?

Grossière erreur. Au fond… J’étais habitué à essuyer les plâtres de ma fierté.

J’eus l’impression d’être percuté par un Dolyak en pleine charge. Sous le choc, à moitié étourdi, je m’affaissai sur les planches humides du navire. A coup sûre, si ma chère sœur avait été présente, elle m’aurait probablement étranglé.

- Attachez-le au mât. Mathias va lui apprendre à rester à sa place.
 
Telle fut la sentence du capitaine. Je serrai les dents, connaissant bien trop cette expression pour l’avoir cent fois dictée à mes matelots. Elle me fit l’effet d’une douche froide – bien plus froide encore que la pluie glaciale qui continuait de déferler au travers du gréement et qui martelait sur mes épaules -. En somme, je me retrouvai face à un dilemme. Ecouter mon instinct et me rebiffer dans l’honneur… ou…

Non, le choix était déjà fait.

Je me débattis aussitôt comme un animal enragé, mêlant poings et genoux pour m’extirper de l’emprise du Norn. Profitant de l’effet de surprise, je parvins à m’en défaire au prix du peu d’énergie qu’il me restait, et me redressai avec la souplesse d’un Grawl pour le fixer. Le gaillard avait l’allure et l’élégance de tous les représentants de sa race... Autrement dit, aucune. Il en avait toutefois tous les avantages. Aussi, je le sentis s’enflammer lorsque je le provoquai de ce sourire dont moi seul avait le secret. Intérieurement, j’étais parfaitement conscient que dans l’état je ne faisais absolument pas le poids contre cette montagne de muscles. En façade, je me parais de ma plus fervente confiance.  

Court moment de gloire. Mon assurance se flétrit comme une plante en plein cagnât.

Un vertige. Je venais de puiser mon énergie là où, à l’évidence, je n’en avais plus une once.

Je chancelai malgré moi sous le poids de l’épuisement. Ce duel contre vents et marrées était venu à bout de mon corps affamé. Ma vision se brouilla. Un instant, les matelots assemblés autour de moi se fondirent dans une masse informelle.  

Cette fois, je n’avais plus d’autre choix que de plier…

Anticipant ma chute, deux matelots me saisirent par les bras sous le regard courroucé du quartier maître, et me trainèrent vers le mât principal. Dans ma torpeur, la sensation des liens qu’ils enserrèrent autour de mes poignets ne me fit pas plus d’effet qu’une bravade de Quaggan. Agenouillé sur le pont, face au mât, je laissai ma tête retomber contre le bois. A coup sûr, il y avait plus de remous dans mon crâne qu’autour de ce foutu rafiot.

- Retirez lui sa ch’mise bande d’imbéciles !

Même la voix de MacCarthy sembla retentir à des lieux dans mon dos. Je clignai des yeux, tâchant de remettre un peu d’ordre dans mes pensées quand, tout à coup, un nouveau coup de tonnerre secoua les planches du rafiot. C’était peine perdue. Il se rependit entre mes deux oreilles comme un bourdonnement d’abeilles – de grosses abeilles -.

Le bourdonnement laissa place à un sifflement aigu, strident, et m’arracha un nouveau grognement.  

Deux mains me décollèrent du mât et arrachèrent sans ménagement le tissu trempé de ma chemise. Aussitôt, la morsure du froid se fit plus cinglante et chaque goutte de pluie dans mon dos me donna l’impression de me cisailler les chairs.

Un temps. Un répit. Je fermai les paupières.

Mais qu’est ce que je foutais là…

L’idée d’embarquer sur le Mistral d’Argent était de loin la plus efficiente pour espérer atteindre le Rapace dans les plus brefs délais. Aussi, je n’avais pas eu d’autre choix que de me faire passer pour un gabier – Romuald Destragon, c’est ainsi que je m’étais présenté – et de me faire recruter par cet équipage de bras cassés. La bonne cause dirons-nous. J’avais pourtant échafaudé minutieusement mon plan pour que tout se déroule sans la moindre encombre... Tout, à l’exception de cette chienne de tempête.

Et maintenant… ?

A genoux, épuisé et transi de froid, je pris soudain conscience du pétrin dans lequel je m’étais enlisé. Et de la posture dans laquelle je me trouvais. Certain aurait probablement plaidé l’injustice ? Le milieu même dans lequel j’avais choisi d’écouler ma vie en ignorait les seuls fondements. Un instant, je laissai mon esprit vagabonder et retrouver la couche chaude et soyeuse de la rouquine, le pont du Pourfendeur, les pontons de l’Arche... Bien loin de tout ça, je subissais tout le poids de l’humiliation et de l’indignité.

Je rageais.

- Eh regardez ça !?

Je sentis une main pincer la peau de mon dos. Dans un élan de dernier recours, je me cabrai pour l’en dégager.

- Eh, c’est qu’on dirait bien une marque de pirate !

Un éclair. Mon tatouage, le demi-crâne caractéristique de l’Armada ancré sur mon omoplate droite. Evidemment, je l’avais dissimulé jusque là...

- Un ex-pirate !? Vraiment !?
- C’est vrai qu’y m’dit quequ’chose c’dessin là cap’taine, j’l’ai déjà vu hissé sur un pavillon !
- Eh y s’est perdu le pirate !?
- Faut lui montrer qu’ici on respecte les ordres au Noiraud !


Je ne pris même pas la peine de tâcher d’identifier les voix qui se mêlèrent derrière moi. Assurément, je ne pouvais pas rêver plus incommodante situation…

- Le Rapace s’ra bien content qu’on lui ramène vivant vous croyez pas !?

Les exclamations et les rires des matelots se fondirent dans un nouveau craquement du tonnerre. Sentant la colère m’attiser de nouveau,  je m’acharnai sur mes liens comme une bête furieuse… Le geste était désespéré, mais je ne pouvais supporter plus longtemps cette posture.

Puis il vint, me stoppant net dans mon entreprise.

Souffrance.

Sous la morsure du fouet, je m’écroulai contre le mât dans un râle de douleur. Les lanières de cuir venaient de déchirer mes chairs, laissant dans leur sillage une brûlure vive et saillante. La première.
Aussi, les sens de nouveau en alerte comme s’ils m’avaient baigné dans une eau gelée, je contractai tous les muscles de mon corps. Les mains crispées sur mes liens, je me figeai.

Les suivants n’allaient pas se faire attendre bien longtemps.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Le mystère de l'île du Crabe   

Revenir en haut Aller en bas
 

Le mystère de l'île du Crabe

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Stardust: le mystère de l'étoile.
» Les SOS, un grand mystère!
» Le Mystère de la Jambe de Bois
» Salut aux FMVs de Ptit crabe
» Mystère de l'Humanité

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forbans :: Sur nos rivages [RP public] :: En territoire pirates-