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 Kaz Hamm [Sorcières des mers]

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Kaz Hamm
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MessageSujet: Kaz Hamm [Sorcières des mers]   Mar 26 Fév - 15:34

Jours et horaires de connexion : C'est très aléatoire. En général en soirée, parfois des passages dans la journée.

Nom : Kaz Hamm (AbraKadabraa....)
Race : Humaine (mais elle ose prétendre de temps en temps être une bébé norn)
Classe : Illusionniste

Traits de caractère :
Fantasque (« Sujet à des fantaisies bizarres. Changeante ; fantaisiste ; farfelue ; lunatique. »)

Kaz Hamm est avant tout une championne dans le noble art d'être « là au mauvais endroit, au mauvais moment ». Ceci, couplé à un sens de l'orientation définitivement défaillant, fait d'elle un aimant à ennuis (et une source d'ennuis) plutôt étonnant. Elle a perfectionné au fil des expériences (courses poursuites) son cri de furie apeurée, le célèbre « Kyaaaaaahhh » qui ne manquera pas de vous (bousiller les tympans) charmer.

En dehors de ce merveilleux don (aussi nommé « poisse, bon sang, mais qu'est-ce qu'on fout là ?! »), Kaz Hamm possède le talent de jurer sans honte et de ne jamais se taire quand il le faudrait. Elle vous dira que les norns sont bien trop grands pour voir leurs pieds, vous traitera facilement de psychopathe, de mangeur de bébés poilus, de violeur de chèvres, de grand imbécile qui sent, et tout un tas de joyeusetés de cette nature, pleines de sens, profondes et réfléchies. Les menaces, loin de lui passer au dessus, mèneront aisément à l'utilisation abusive de son arme secrète et hyper dissuasive : « Cette plante, c'est mon garde du corps, et elle va te décaniller les canines énormes que tu te traînes ! Alors avances pas, gros mollasson, ou tu vas en subir les conséquences ! ».

Autre point important, Kaz parle pour deux. Elle n'est pas bavarde, non, elle a à cœur de bien développer ce qu'elle-même et sa plante pensent de vous, de la situation, de vos intentions et des leurs, de la taille et de l'aspect de vos chaussures et... Oh, vous somnolez et elle a filé ! Quelle manque affligeant de concentration, franchement !

En dehors de ceci, à l'image du masque au sourire triste qu'elle arbore quand elle suit vos pas telle une ombre, Kaz Hamm n'est rien de plus que ce qu'elle vous montre, illusion parmi les illusions. Elle reste profondément persuadée que les individus sont aveugles à la vérité et sont de simples poupées manipulables, jouets crédules soumis à n'importe quelle image féerique, tordue, qu'on leur soumet, pourvue qu'elle les séduise et les conforte.

« Cette bande de dégénérés est persuadée que nous sommes des assassins, parce que nous portons du noir et écoutons les niaiseries qu'ils se murmurent. Il suffirait que nous mettions des robes fleuries pour qu'ils décident finalement que nous sommes de mignonnes petites marchandes de fleurs. Tu vois, la plante, c'est bien la preuve que ces idiots n'ont aucun sens de l'observation. »

Description physique :
Rousse. Je sais : la pauvre. Se référer à son apparence IG.

Particularité : Kaz est généralement accompagnée de Koriandre (dont elle ne connait pas le nom, et qu'elle désigne donc par « la plante »). Elle se voit comme l'interprète attitrée de celle-ci. Elle vous dira aussi se considérer comme sa propriétaire, comme si Koriandre n'était rien de plus que son animal de compagnie. Si vous vous questionnez à propos de leur rencontre, elle vous expliquera sans aucun doute la façon dont elle a bravement attrapé puis éduqué la plante, combien d'efforts il a fallu, dans combien de soupes aux légumes elle a investie pour la nourrir...

Histoire du personnage :
« Pauvre Orpheline ! » Cela sonnait toujours comme une insulte. C'en était peut-être une, à dire vrai. Kaz supposait que derrière l'exclamation qu'on lui balançait régulièrement au visage se cachait un juron ou deux, une pointe de reproche et ce sentiment dégoûtant et malsain qu'est la pitié. Comme pour dire « Qu'as-tu fais, au berceau, pour être abandonnée ? Quelle ignominie as-tu commise, quel monstre es-tu pour avoir été laissé aux chiens et à la poussière ? »

Pourtant, une famille, Kaz en possédait une. Une gamine l'avait trouvé dans les décombres dévastés du Comptoir, puis jeté dans les bras d'une femme étrange (au sens « farfelue ») et joyeuse qui avait pris soin d'elle. Du moins, c'était la version qui lui avait été rapportée. De temps en temps pourtant, Kaz avait l'impression d'avoir toujours été auprès de ces bras-là. Au fil des années, Kaz s'était prise à considérer cette femme comme une mère de substitution. Bienveillante, douce et amusante, celle-ci lui avait appris les rudiments du combat, de la flatterie, de la filouterie et de la répartie. Elle lui avait enseigné comment être droite dans ses chaussures et suivre ses convictions, prudemment et avec affection, la considérant comme sa seconde héritière. Elle l'avait d'ailleurs nommée, non sans humour : Kaz Hamm.

Quand Kaz avait été en mesure de poser les bonnes questions, sa « grande sœur » lui avait dévoilé avec amusement une part du secret de sa naissance. « Tu es née quelque part, de deux parents, comme tout le monde, à la différence près que toi, tu es comme nous, une voyageuse. Tu ne sais pas d'où tu viens et où tu vas, et plus longtemps tu te poseras des questions, plus longtemps j'aurais envie de te refaire le portrait. Considère toi simplement comme de passage ici, dis toi juste que tout le monde s'en fiche de savoir qui peut bien t'avoir pondu. Fais juste ce que tu veux, Kaz, et fous moi la paix. »

Elle n'était toujours pas plus avancée à l'heure actuelle. Cependant, plutôt que de se poser des questions sans importance, Kaz avait accepté de juste « faire ce qu'elle voulait », indépendamment de tout ce qui pouvait être attendu d'elle (c'est à dire « rien », en fait).

Elle avait étudié le fonctionnement des individus, appris à tordre le réel, accompagné différents Maîtres puis, une fois prête, on lui avait présenté « la plante ». Et tout avait pris un sens.


Dernière édition par Kaz Hamm le Jeu 27 Juin - 11:31, édité 2 fois
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Kaz Hamm
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MessageSujet: Re: Kaz Hamm [Sorcières des mers]   Lun 6 Mai - 17:15

[Flood de ma propre présentation activé...]

Les lézards violets... ça n'existe pas.

« Elle fait peur aux autres enfants. » La voix de la doyenne avait claquée, sentencieuse, comme si elle venait de déclarer là quelque chose qui primait sur tout. « Nous ne pourrons pas la garder ici, vous en avez conscience, n'est-ce pas ? »

La femme à qui elle s'adressait esquissa un sourire, amusée. « C'est une petite fille adorable. Je ne comprends pas ce que vous lui reprochez, Miss Bluringam. »

La dénommée Miss Bluringam fronça ses broussailleux sourcils grisés. Son regard balaya la pièce, incisif, et se posa sur l'enfant assise plus loin. La petite tête rousse ne bougeait pas, comme figée dans la contemplation du mur, ses grands yeux verts absents. Elle les songeait parfois même morts tant ils ne reflétaient rien. A dire vrai, il n'y avait pas qu'aux enfants que cette enfant de cinq ans faisait peur. « Justin Markwell la pointait en hurlant, ce matin. Il n'est pas capable d'aligner deux mots cohérents depuis que nous l'avons retrouvé. La petite Eloïse se fait pipi dessus dès que cette ignoble gamine rentre dans son champs de vision. Et je ne parle pas de ceux qui racontent avoir vu des souris sans tête, des lézards violets avec un seul œil... »

- Qu'Eloïse soit incontinente ne fait pas de Kaz la source du problème. De même que le trop plein d'imagination des autres. » Coupa l'autre. Ses cheveux de feu fendirent l'air alors qu'elle secouait la tête et ses yeux bleus, glacés, se posèrent sur la doyenne, sans plus trace d'amusement cette fois. « Elle restera ici, c'est mon dernier mot. Il s'agit de sa maison. »

Miss Bluringam frissonna sous l'intonation sèche. Un autre regard vers la gamine lui apprit que celle-ci la fixait désormais, un fin sourire presque ironique aux lèvres. Elle cligna des paupières, tendue. Une fraction de seconde plus tard, elle constata que Kaz la regardait bien, mais d'un air simplement curieux.

Elle s'occupait d'enfants depuis qu'elle avait vingt-ans. Jamais elle n'avait eu à composer avec ce sentiment permanent d'être trompée, manipulée, tordue comme un mouchoir en papier. Mais l'autre jeune-femme avait pourtant raison, la gamine ne semblait jamais responsable, c'était à peine si elle parlait ou bougeait.

- Je sais que c'est elle, Miss Blenks. J'ignore quel démon l'habite, quelle malédiction elle nous transmet, mais je sais que cela vient d'elle. » La vieille femme se massa les tempes, anxieuse. « Elle fait peur aux autres enfants. Elle ne parle presque pas et d'étranges choses se passent lorsqu'elle est à proximité. »

L'autre eut un rire, léger. « Oh, je ne doute pas que vous ayez réussis à transmettre une bonne partie de vos propres croyances ridicules à la majorité de ces gamins ! Mais soyez sérieuse, qu'avez-vous à craindre, exactement, d'une enfant si jeune ? » La jeune femme adressa un sourire à la petite rousse. « Qu'est-ce que tu en penses, toi, Kaz ? Est-ce que tu fais du mal aux autres enfants ? »

La concernée sembla sortir de sa torpeur, en témoigna son regard qui se fit moins lointain, laissant place à une douce malice. Et de la voix chantante d'annoncer : « Les lézards violets avec un seul tout petit œil, ça existe pas. »
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MessageSujet: Re: Kaz Hamm [Sorcières des mers]   Lun 6 Mai - 17:17

Traque et miroir.

Sa proie était en vue, attelée à rédiger quelque chose, penchée -concentrée- sur le bureau. Sa proie lâchait quelques grognements, de temps en temps, preuve que ce « quelque chose » l'irritait. La petite rousse plissa les yeux, collée au mur, et étudia rapidement l'environnement. L'emplacement de la fenêtre par rapport à la porte. L'angle du bureau. La disposition du tapis. La bibliothèque peu fournie. Le dos de sa proie. La chaise de sa proie. Le regard de sa...

« Tu m'as déjà fait le coup cinq fois. » L'intonation grave et sombre de sa proie. « J'ai fini par investir dans un miroir. Qui reflète ta tronche d'imbécile lorsque tu prépares un foutu guet-apens. »

La rousse de dix ans se décolla du mur, une moue aux lèvres, ne quittant pas le regard de l'adolescente norn. « C'est tricher, ça. »

Le grondement de sa proie. « Soit tu dégages maintenant, Kaz, soit je te balance par la fenêtre. Hésite pas trop longtemps. »

Les Norns manquaient d'humour, vraiment.

...Ou bien étais-ce celle-ci en particulier...?
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Kaz Hamm
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MessageSujet: Re: Kaz Hamm [Sorcières des mers]   Lun 6 Mai - 17:23

Le placard.

« Tu l'as tué ! » Un halètement. Deux. Des grognements et des regards accusateurs. « Tu as tué Miss Bluringam... Elle est morte ! Tu es un monstre ! »

Tellement de regards accusateurs pour une si parfaite ineptie. Tant d'hostilité. Et ces petits poings serrés pendant mollement le long de leurs corps d'enfants attardés. Et ces mots stupides et violents, cette façon de l'entourer, comme un troupeau de loups affamés se réunissant autour d'un pauvre agneau esseulé. Cette manière de grogner à l'unisson pour se donner l'air menaçant.

Quelle foutue connerie.

« Madame Bluringam...? » Une question inachevée. Le choc de la découverte, de cette nouvelle information livrée, jetée, sans songer un seul instant qu'elle pourrait souffrir de l'apprendre ainsi. En dedans. Miss Bluringam était morte, alors. Quand ? Comment ? Pourquoi ? N'était-elle pas vieille ? Est-ce que ça avait juste été son heure...? Pourquoi la regardaient-ils ainsi, tous, qu'est-ce qui pouvait mener à penser qu'elle pourrait être à l'origine de cette disparition ?

Est-ce qu'elle avait fait quelque chose ?

Puis le silence avant que ne cède le barrage. Et cette hargne qui se déverse, brusquement, sans qu'elle ne s'en protège. L'hébétement qui la saisit alors que les coups pleuvent sans qu'elle ne réalise complètement. Ainsi, Miss Bluringam était morte... La petite rousse se replie sur elle-même et offre son flanc, puis roule pour donner son dos en pâture aux bêtes. La vision devient floue alors que l'acharnement persiste. Ils hurlent portés par la rage de ne pas réussir à la toucher assez pour qu'elle pleure. Ils ne savent pas qu'elle ne se rends pas compte, que son esprit répète cette sombre affirmation qu'elle peine à croire. « Elle est morte. Elle est morte. Elle est... » Son regard se tourne vers ceux qui la punissent, hagard, et son visage s'offre ainsi à leurs coups. Elle veut brusquement savoir, c'est essentiel. Elle cherche. Elle fouille. Elle encaisse et la douleur l'éveille enfin. Alors elle fouille encore, la vision toujours plus assombrie.

Et elle ne la trouve pas.

La norn n'est pas parmi eux.

Enfin elle cède et sombre dans l'inconscience, apaisée de le savoir.

////

Quand elle s'éveille à nouveau, il fait noir.

Elle tâtonne, le visage plus douloureux à chaque grimace qu'elle esquisse.

Un placard. Fermé.

Évidemment.

Celle-là, en dix ans, c'était la première fois qu'on la lui faisait. En grandissant, les imbéciles deviennent vicieux. Elle opine pour elle-même, le regard ne s'accrochant à rien, perdu dans l'obscurité qui l'entoure. Elle a mal aux mains, réalise-t-elle. Comment est-ce arrivé...?

Elle a mal partout, semble t' il. Et il fait si noir.

L'enfant retient sa respiration, comme si ce geste allait lui permettre d'entendre n'importe quel bruit qu'étoufferait le silence. C'est absurde. Pourtant, elle ferme également les yeux et tend l'oreille, chassant la peur qui monte en elle. Et elle attend.

Et attend encore.

Le placard devient de plus en plus petit.
Non, décide la rousse, c'est elle qui doit grandir. Elle grossit nourrie par les ombres. Bientôt, juge t-elle alors, elle ne tiendra plus dans cet espace et le meuble se fendillera sûrement sous la pression de son corps gigantesque. Puis il craquera et se libèrera d'elle. Il la recrachera. Vaincu.

Sa tête lui tourne, soudain, et elle voit sous ses paupières closes des couleurs danser. Son rythme cardiaque s'accélère. Elle lutte encore. Mais l'angoisse revient. Puis la colère. Puis à nouveau l'angoisse. Elle hurle mais aucun son ne sort. Son esprit cri si fort, pourtant. Elle tente encore de hurler mais le silence la musèle.

Autour du placard, des ombres de couleurs se soulèvent et commencent à marcher, armée d'illusions sauvages. Une norn fait un pas dans la pièce et se colle contre le mur, assistant -effrayée- aux mouvements de ce cortège de « silencieux ». Elle observe, captivée, cette armée d'ombres qui grimpent sur le placard, l'effleurant, le frappant, explosant à son contact.

Enfin, elle entend.

Un grattement. Puis un autre. Comme des ongles qui s'accrochent à un panneau de bois. De plus en plus fort. De plus en plus vite. Puis un souffle saccadé qui vient les accompagner.

La norn combat sa propre frayeur pour traverser cette armée. Elle tremble mais accélère. Puis elle se rue sans même s'en rendre compte sur la porte de ce placard. Les illusions -elle sait que ce ne sont que des illusions- s'écartent puis explosent alors qu'elle tourne la clé puis arrache presque le battant.

Elle voit d'abord de petites mains levées, en sang, puis son regard passe outre et croise celui de Kaz. Elle observe, fixement, la terreur qui habite encore les orbes vertes puis se résigne à écarter les bras.

Le geste semble comme libérer l'enfant figée qui l'observe sans la voir. Heidrunn s'interdit tout grognement, tout mouvement. Alors, tandis que le barrage cède, Kaz vient se blottir contre elle, laissant se déverser, à même son veston, un véritable torrent de larmes.

Parmi toutes, il avait fallu que ce soit cette norn là qui ouvre sa prison.
Le destin l'avait décidé ainsi.
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Kaz Hamm
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MessageSujet: Re: Kaz Hamm [Sorcières des mers]   Jeu 27 Juin - 11:47

[Le commencement]

La norn d'une douzaine d'années laissa son regard voyager sur les façades enflammées de ce qui avait été, quelques heures plus tôt, un village. Le feu léchait les murs, tel un monstre svelte et rougeoyant s'enroulant autour des bâtisses pour les dévorer. Heidrunn resta immobile, de longues secondes durant, suivant du regard ces hommes et ces femmes qui s'agitaient, paniqués, angoissés, battant chacun le sol dans une course effrénée, se croisant, s'entrecroisant, dansant ensemble dans une chorégraphie générée par l'horreur.

Sa tête lui tourna alors qu'un garde du lion la poussait plus loin. Elle s'attarda sur ses traits, dans un état second. Le visage jeune et pourtant marqué du garde. La sueur qui perlait à son front. Elle croisa son regard, plongeant dans deux prunelles hantées, habitées à la fois d'un sens du devoir évident et d'une crainte brûlante. La jeune norne entendit un vague « Qu'est-ce que tu fais là toi... » avant qu'il ne saisisse sa main et l'éloigne de la scène apocalyptique se déroulant autour d'eux.

Son regard s'accrocha alors à celui de sa mère. Ses cheveux blonds collés à son front, son air déterminé alors qu'elle se joignait à la danse, son étincelante armure ternie par les cendres...

Leur présence était-elle un hasard ? Heidrunn n'aurait pu le dire. Étais-ce bien la place d'une norne de son âge ? Elle savait que non. Pourtant, elle était bien là, assistant à ce spectacle effrayant, incapable de mesurer pleinement la portée de ce qui se jouait sous ses yeux.

Heidrunn cligna des paupières, plusieurs fois, essayant de chasser la confusion qui l'habitait. Son nez se fronça. C'était dans l'air, mélangé à la senteur du bois brûlé et de la mort. C'était piquant, ça effleurait ses narines. Troublée, l'enfant jeta quelques coups d'œil autour d'elle. L'attitude des personnes en présence n'avait pas changé. Ils s'affairaient toujours, dans ce chaos, courant, cherchant, criant des directives. La norne recula d'un pas, comme déstabilisée, se rendant doucement compte de l'ampleur de l'agitation.

Chaos. Dévastation.

Et cette chose, ignorée, qui piquait ses narines. Cette impression qu'on l'observait. Elle se crispa, balaya les environs du regard, ignorant -refusant- ce qu'elle voyait. Pouvait-elle accepter la vision de ce reste de maison et de ce corps allongé plus loin, visiblement sans vie...? Elle recula encore d'un pas, pâlissant. Pouvait-elle supporter ce paysage ravagé, dévoilé là où les flammes n'étaient plus...? Pouvait-elle...?

Elle n'était là que par un curieux concours de circonstances. Elle ne connaissait même pas le nom de ce village. Tout juste avait-elle entendu le mot « comptoir » franchir les lèvres d'un homme vêtu d'une armure d'or. Elle se trouvait là, dans une rue inconnue, hébétée et nauséeuse, comme contrainte d'assister à cette mise en scène violente et écœurante où des acteurs – au ralenti- tiraient des corps inertes de décombres fumants.

L'air saturé agressait sa gorge et ses yeux. Ses bras pendaient mollement le long de son corps.

Figée. Prisonnière de sa terreur.

Elle serait resté dans cet état second longtemps, peut-être jusqu'à ce que sa mère vienne la secouer et la rassurer, si elle n'avait pas eu la sensation d'être toisée.

Ses muscles bougèrent sans sa permission. Elle tourna sur elle-même, tendue. Elle réalisa qu'elle toussait, que ses joues étaient inondées, que sa vision était floue. Elle pleurait. Bêtement. Et elle marchait désormais, se pliant à son instinct. Elle balaya les environs d'un regard sombre. Une fois. Puis deux.

Un dérangeant sentiment la gagna. Elle eut l'envie subite de faire demi-tour, de s'éloigner, d'aller se terrer. Son esprit tangua. Fatigue. Peur. Douleur. Confusion.

Elle bloqua sa respiration, apprivoisa le tremblement qui gagnait ses membres. Son regard balaya les alentours une troisième fois, vif, coléreux. Déterminé.

Puis tout se figea, lui sembla t-il, alors que comme par mégarde, elle croisait un regard vert, terne et absent. Elle n'eut pas conscience d'approcher, ni de s'accroupir au milieu des décombres. Ce fut comme traverser le vide, en étant seulement retenu par un lien -invisible- directement accroché à ce regard clair. Elle eut l'impression de ne plus être. Personne ne s'arrêtait. Personne ne les voyait.

La confusion se dissipa doucement. Elle avisa les traits enfantins entourant ce regard fixe. Ces cheveux qui devaient être roux, emmêlés, collés par la suie. Elle effleura les joues rondes et sales puis baissa les yeux sur les petites mains potelées.

Effroi.

Heidrunn déglutit péniblement. Un corps. Elle était assise à côté d'un corps, sans vie, auquel s'accrochait une enfant. Elle essaya de parler mais seul un son pathétique franchit ses lèvres. Et la gamine l'observait. Heidrunn accrocha à nouveau le regard de l'humaine. L'enfant n'était pas terrorisée, non, elle était au delà de ça.

« C'est ta maman ? » La voix de la norn résonna enfin, dans un murmure. La petite acquiesça. Elle devait être assez grande pour comprendre mais Heidrunn était bien incapable d'estimer son âge. Cela n'avait aucune importance, cependant. Qu'elle réagisse fut tout ce qui comptait. « Lâche là. Il faut qu'on parte d'ici, tu comprends ? »

La gamine opina, probablement par automatisme, ses mains raffermissant leur prise sur les vêtements de sa mère. Elle disait oui. Ses gestes disaient non.

« Comment tu t'appelles...? » Essaya la norne d'un ton défaillant. « Moi, je m'appelle Heidrunn. Mais tu peux dire Hei'. »

Seul le silence lui répondit. L'enfant baissa cependant les yeux sur sa mère. Les mains tremblantes de la norn vinrent couvrir celles de la petite. Elle réalisa qu'elles étaient accrochées à un objet, et non aux vêtements de la femme, comme elle l'avait cru. Une montre à gousset, manifestement cassée.

« On ne peut pas rester ici. Je vais te prendre avec moi, d'accord ? » Une toux la gagna alors qu'elle reprenait une partie de ses esprits. « Accroche toi à mon cou. »

La rousse releva les yeux, la jaugea, comme pesant son âme. Après un temps d'hésitation, Heidrunn saisit la montre à gousset et la rangea dans sa poche. Enfin, elle pris l'enfant contre elle et se releva.
Brutalement, autour d'elles, certains parurent se rendre compte de leur présence. Le temps, qui avait semblé suspendu, repris son cours. Elle ne s'arrêta pas sur ce détail étrange et confondant. La tête lui tourna. Elle eut vaguement conscience, encore une fois, d'un garde qui la guidait plus loin. Elle ne répondit pas à son agitation, perdue, les bras fermement enroulés autour de l'enfant.

Elle fut incapable de noter ce qu'il se passa ensuite. Tout juste réalisa t-elle que sa mère arriva, que certains tentèrent de lui faire lâcher la môme. Ce fut vain. Heidrunn ne relâcha jamais réellement cette petite humaine rousse de deux ou trois ans à peine. Jamais.
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Kaz Hamm
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MessageSujet: Re: Kaz Hamm [Sorcières des mers]   Lun 5 Aoû - 19:14

« Elle était de celles… »

Elle avait été de celles qui passaient dans cette masse d'individus la tête légère, le pas dansant, de celles qui n'avaient pas le soucis de plaire, qui se moquaient éperdument du regard de ce tas d'imbéciles. Elle avait été de celles pour qui tout est illusion, de celles qui considèrent les êtres vivants comme de simples jouets à tordre selon sa volonté. Elle partageait alors les individus entre deux catégories : les esprits faibles et les esprits forts.

Les « esprits faibles » étaient ceux qu'elle soumettait à son imagination, à son amusement. Il s'agissait de la majorité des êtres qu'elle rencontrait. Elle les considérait généralement avec dédain, parfois pitié, rarement avec affection. Les esprits faibles lui donnaient son pouvoir, sans même sembler s'en rendre compte, ils contribuaient à son impact sur cette toile d'existences misérables qu'elle adorait tordre et manipuler, et parfois même déchirer.

Les « esprits forts » s'avéraient d'une autre trempe. Ils la fascinaient. Ils représentaient le défi qu'elle recherchait sans cesse, le côté corsé et pimenté d'un jeu qu'elle savourait. Ils ne se laissaient pas simplement manipuler, cela demandait de la ruse, de l'effort, de l'imagination et surtout... de l'inconscience. Ils avaient ce goût de risque, de danger, et cette façon si particulière de la faire marcher sur un fil ténu séparant la vie et la mort.

Fallait-il alors qu'elle grandisse, entourée de ces impitoyables femmes pirates. Fallait-il qu'elle devienne un peu plus humaine et retors à la fois au sein des « Sorcières des Mers ».
Puis qu'il ne reste plus rien d'elles, ensuite, si ce n'est leur « petiote », leur « protégée »... Abandonnée.

A leurs côtés, elle avait goûté à la souffrance, celles des autres autant que la sienne. Elle s'était découverte un bon fond, à certains moments, presque un sens éthique déplacé... qui ployait rapidement, balayé par son désir d'obtenir l'affection de son équipage. Elle avait songé longtemps ne pas avoir de place dans cet univers qu'on prétendait pourri et malsain. Puis, elle avait réalisé que si. Parce que l'autre univers, celui des gens bien, n'était que plus hypocrite et gangrené que celui des malfrats qu'elle côtoyait. Parce que les canailles avaient ce respect de ce qu'elle était. Parce qu'ils la protégeaient, inquiets qu'il lui arrive quoi que ce soit, et l'aimaient finalement si sûrement qu'elle regrettait d'avoir été aveugle si longtemps.

Que n'avait-elle pas cautionné, comme actes terribles, indifférente aux suppliques. Lorsque le regret l'avait saisie, que ses nuits n'avaient plus été que cauchemars, elle avait souhaité, supplié, pour la rédemption.
La culpabilité la rongeait encore de temps en temps, sans qu'elle puisse elle même parvenir à déterminer exactement de quoi elle se sentait coupable. Mais il avait étouffé la culpabilité, malgré lui, la remplaçant par de la rage. Elle s'était oubliée pour mériter le pardon. Elle avait le sentiment d'avoir été un jouet, abruti et sans volonté, pendant une période infiniment longue. Elle avait la sensation désagréable d'avoir dû renier, inutilement, jusqu'à sa personnalité.

Jusqu'à qu'il la libère de cette invisible prison. Et qu'elle s'éveille à nouveau.

Elle ne souhaitait plus de foutue rédemption. Le seul pardon qui avait une valeur était le sien, elle était après tout la seule à savoir réellement pour quoi elle devait payer. D'autres imbéciles à qui elle avait octroyé un pouvoir sur elle n'avaient jamais eu la démarche de chercher de quoi elle était véritablement coupable, préférant présumer, accuser, à tort. Et alors que son esprit défiant et combattif réapparaissait, il lui sembla qu'elle pouvait se pardonner. Qu'elle avait suffisamment souffert.
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MessageSujet: Re: Kaz Hamm [Sorcières des mers]   Jeu 5 Sep - 16:26

||
"Je te connais trop pour être encore dupe"
||
Elle errait. Ses pas n’avaient plus rien de dansants alors qu’elle filait loin des regards. Ainsi soustraite aux jugements, ainsi libérée de l’attention, elle n’était plus qu’elle-même. Ses yeux verts, tantôt pétillants, tantôt défiants, ne reflétaient plus qu’un vide troublant.

Méditation.

La rousse observait pensivement l’horizon, accroupie sur une butte, ses mains fines serrant la montre à gousset qui l’accompagnait depuis si longtemps. Pas de couleurs chatoyantes l’habillant, rien qu’un pull sombre et si simple qu’il en paraîtrait presque déplacé sur elle.

Pour l’instant, le spectacle était terminé.

Une flèche fendit l’air, se plantant à côté d’elle.
La rousse ne bougea ni ne cilla.
Une autre, de l’autre côté, cette fois.
Un sourire gagna les lèvres de la jeune fille.

« Tu me suis ? » Le regard vert de l’illusionniste ne se détacha pas de l’horizon, on aurait presque pu croire qu’elle s’adressait à l’immensité plutôt qu’à l’imposante ombre qui se glissa derrière elle. « Tu es revenue, alors. »

Un constat. L’autre ne répondit pas. Nul besoin de le faire.

« Tu sais, Heidrunn… » La rousse jeta un regard derrière elle, croisant enfin celui -neutre– de la norn. « Ne te sens pas obligée de revenir. Je souhaiterais que tu ne le fasses plus, d’ailleurs. Chaque fois… chaque fois que vous faites ça…»

La norn acquiesça doucement. Un reproche…Un sourire, presque doux, gagna les lèvres d’Heidrunn.

« Est-ce qu’elle est rentrée aussi ? » Un murmure. L’intonation s’était faite plus enfantine. L’espace de quelques instants, Heidrunn eut l’impression de revoir la rousse, des années plus tôt, ses traits juvéniles d’alors se superposant à ceux, plus fins, de la jeune femme qu’elle était devenue. Mais là où ses souvenirs lui rappelaient un regard suppliant teinté d’attente et d’innocence, Heidrunn ne voyait plus qu’une immense résignation.

« Non. » Répondit enfin la norne. Et l’on pouvait sentir le regret dans sa voix. « Elle t’aurait avertie, comme toujours. Et tu ne serais pas venue la voir Kaz, comme toujours également. »

« Je venais, avant ! » Le regard de la rousse s’enflamma. Colère. « Et alors elle repartait, encore et encore et ne voulait jamais que je vienne ! »

Heidrunn haussa un sourcil. Voilà qu’elle avait droit à un caprice. « C’est impossible, Kaz. » Le regard de la norn se posa sur la montre à gousset. « Et tu sais pourquoi. »

Un soupir, vaincu. « Je ne la laisserais pas. »

« Je sais. » La norn s’accroupit et fixa l’horizon à son tour. « Voilà au moins une chose vis à vis de laquelle tu as toujours été constante. » Une inspiration. Heidrunn fronça les sourcils, comme si la suite allait être douloureuse à formuler. « Je n’ai jamais compris comment tu pouvais être à la fois si humaine et si mauvaise. D’aucuns diraient qu’il s’agit probablement d’un problème d’alignement, que c’est en toi. Mais alors cela reviendrait à dire que nous sommes destinés à développer certaines tares comportementales dés la naissance, que c’est inscrit en nous, et que lutter contre n’a aucun intérêt. Finalement, cela reviendrait à considérer que toutes les décisions prises et obstacles franchis au cours de nos existences, tous ces choix faits qui semblent façonner les êtres que nous devenons… n’ont en vérité aucun impact, puisque tout a été décidé avant. »

En tournant les yeux, Heidrunn pu aviser l’air légèrement halluciné de sa comparse. Elle se racla la gorge. « Bref… Ce que je veux dire par là, Kaz, c’est que je ne crois pas à cette théorie. Si j’y portais foi, je devrais admettre que tu es foncièrement mauvaise, immorale, et que tu es faite pour détruire ce qui t’entoure. Une nuisance.»

« Ah. » La rousse cligna, plusieurs fois. « Heidrunn… Je ne vois pas où tu veux en venir. En plus, c’est plutôt perturbant, c’est comme si t’étais venue te perdre ici pour me faire la conversation. Honnêtement, je sais pas trop comment réagir, c’est la première fois qu’une porte de prison tente de me psychanalyser. C’est bien ce que tu vas faire, hein ? Ôte moi d’un doute.»

Les deux échangèrent un sourire, amusées.

« Kaz… ? » Un rire contenu. « La ferme. N’oublie pas que tes tentatives de diversion ne fonctionnent pas avec moi. Ni les insultes. Je te connais trop pour être encore dupe. De la même façon, tu me connais trop également pour être de celles qui s’étonnent lorsque j’ose un trait d’humour, ou que j’ouvre la bouche pour prononcer plus de trois mots. Nous savons chacune qu’il y a une distinction importante à faire entre ce qui paraît être et ce qui est. »

L’illusionniste sourit, tendrement. « Je te taquinais. Tu es venue me dire que tu pensais que tout n’était pas perdu à mon propos, n’est-ce pas ? Hei’, tu te fatigues pour rien. Il est trop tard maintenant. » La rousse se releva, puis vint effleurer la joue de la norn, avec une affection simple et directe. « Rien… et je dis bien ‘rien’… ne peut excuser mes choix. Deux options s’offrent à moi désormais, les fuir ou les assumer jusqu’au bout, et en payer les conséquences – dans tous les cas– lorsque le moment sera venu. Deux options seulement Hei’. Et tu m’as appris à ne jamais fuir. »

La chasseuse garda le silence de longues secondes. Elle pris soin de tendre l’oreille aux bruits de la nature et d’observer le soleil se lever, doucement, presque paresseusement, à l’horizon. « Nous sommes peu de choses. »

« C’est bien vrai. » La rousse rit doucement. « Illusions parmi les illusions. »

Heidrunn secoua la tête, comme expulsant la déclaration d’un mouvement. « J’ai dis que nous étions peu de choses, pas que nous n’étions rien du tout, Kaz. »

« Ce n’est pas pareil ? » S’étonna la rousse.

La norn ricana. « Non, tu dois pouvoir noter la nuance. Assis toi andouille, tu me caches la visibilité. » Elle tapota l’espace à ses côtés. « Et contrairement à ce que tu sembles penser, tu n’es pas transparente, donc pas si illusoire que ça. »

Kaz leva les yeux au ciel mais obéit, reprenant place aux côtés de la chasseuse. Cette dernière la ramena contre son épaule, instaurant un contact physique qui leur sembla apaisant, à toutes deux. Heidrunn se le permettait rarement, mais c’était là le meilleur moyen de signifier à sa « petite sœur » que l’affection qu’elle avait pour elle ne souffrirait pas de leur conversation. Kaz l’acceptait rarement… mais elle quémandait cette marque d’affection, à cet instant, et le besoin d’être rassurée prédominait sur n’importe quel image qu’elle voudrait renvoyer d’ordinaire.

« La dernière fois, tu avais l’air d’avoir admis que tout n’était pas illusion, finalement. » Repris Heidrunn, songeuse. « Evidemment… les circonstances étaient plutôt particulières… mais j’ai cru que tu avais passé le cap. » La norn rit, nerveusement. « Tu avais compris que tu pouvais avoir mal, voir mourir, que c’était réel. Que tout ce que tu avais fais jusqu’à cet instant avait un impact réel également. Que les personnes que tu côtoyais avaient une consistance, aussi, et n’étaient pas de simples jouets dépourvus d’âme ou de… »

« Hnhn. Ouais… Que c’était vrai, que ça existait vraiment. J’ai vraiment passé ce cap. Qu’est-ce qui te fait penser le contraire ? » La rousse laissa échapper un rire, léger. « J’veux dire, en dehors de l’éternel… « Tout est illusion », hein. J’ai grandis, ça se voit non ? Et j’suis plus constamment sous spores. J’ai conscience de ce que je fais. J’sais où j’en suis, à peu près. J’fais moitié moins n’importe quoi, quoi… Enfin… » L’illusionniste fronce les sourcils. « Tu saisis l’idée. »

« Tu enfermes des gens dans des cages. » Nota Heidrunn, mais cela sonnait plus comme une question.
Un silence, avant un aveu. « J’enferme des gens dans des cages. »
« Pour les revendre. » Nota cette fois Heidrunn, avec neutralité.
« Pour les revendre. » Admit Kaz.
« Comment appelles-tu ces personnes ? » Continua Heidrunn.
« Par leur prénom…? » La rousse sembla perplexe.
« Je te parle du terme général, que vous employez. Ces gens, c’est quoi, Kaz ? » Insista la norne.
« Des esclaves ? » Essaya la rousse.
« Qu’est-ce que ça veut dire, esclave, Kaz ? » Heidrunn se retint de se masser le tempes. Autant dire qu’elle sentait qu’elle avait choisit un mauvais angle.

Un silence lui répondit. Heidrunn grogna doucement. « Qu’est-ce que ça veut dire. »
L'illusionniste bafouilla en réponse. « Ce sont… des gens… qu’on enferme dans des cages… dans la cave. »
Heidrunn posa les yeux sur Kaz, l’observant attentivement. « T’en sais rien ? »
« Tu m’emmerdes… » Un grognement, de la part de la rousse cette fois.
« Tu n’en sais rien. » Heidrunn haussa un sourcil. « Biiien… Pourquoi enfermez vous ces gens ? Quel est le point commun entre tous ces individus ? »
La rousse rit… très très nerveusement. « Pour les revendre bordel ! Et pourquoi tu causes de point commun ? Ils ont joué d’malchance, le voilà l’point commun. »
« A qui vous les revendez Kaz ? » La norne semblait lutter. Elle perdait l’objectif de vue.
« Mais j’en sais rien ! A d’autres gens ! C’est quoi ces questions toutes pourries ?! » La rousse commençait lentement mais sûrement à s’énerver.
« Fais un foutu effort Kaz. A qui ? Pourquoi ? » La norne semblait perdre son sang froid.
« JE NE SAIS PAS ! » Hurla brusquement la plus jeune, en sautant sur ses pieds. Son pouvoir sembla se soulever, autour, rendant l’air soudain plus dense… et le tableau plus trouble. « JE NE SAIS PAS BORDEL ! »
Heidrunn inspira, profondément. « Tu le sais. »
« Non… » Souffla la rousse.
« Mais tu ne veux pas l’admettre, ni le formuler. » Heidrunn croisa les bras, se redressant à son tour. Cela lui donna un air qui fit frémir la petite rousse, d’une peur certaine. « Tu refuses de savoir, mais tu n’es pas assez sotte pour l’ignorer. »
« La ferme Hei’. » La magie prit forme, autour d’elles, en un être sans visage qui vint se dresser aux côtés de l’illusionniste. Une menace.
« Et ça te met hors de toi. » Sourit la chasseuse. « Oh oui… Maintenant, dis moi, que deviennent-ils ? »

Un grondement. La norn se prépara. Fallait-il qu’elle soit folle pour oser jouer à ça avec Kaz. Elle savait pourtant ce qu’il advenait lorsqu’on poussait l’illusionniste dans ses retranchements, lorsqu’elle perdait le contrôle. La norn n’aurait pas supposé que les limites soient si proches, cette fois. Elle avisa le regard de la rousse, plus clair, plus lointain, et les ombres sans visages qui se dressaient autour d’elle. Deux… trois… quatre… Heidrunn frissonna, perdant en assurance. Elle avait mal estimé la situation. Le point de rupture était finalement foutrement proche.

« Bien sûr… que tu sais trier ce qui est réel de ce qui ne l’est pas, Kaz. » Le ton de la norn se fit doux, presque caressant. « Et que tu ignores tout de ce qu’il se passe, ensuite. »

« Arrête. » C’était sec. Tranchant.

« D’accord… Calme toi. » Tempéra la norn. « Ça suffit… Tu t’en voudrais de m’amocher. Depuis quand cèdes-tu face à la colère…? »

« Tu devrais vraiment… vraiment… arrêter ça maintenant, Hei’. » La voix se fit basse, presque concernée. « Je ne suis pas en colère. »

« Ah ça, certes. Tu souhaites seulement me faire taire. Non, qu’elles me fassent taire. » Un signe du menton en direction des illusions. « Je ne continuerais pas cette fois, tu m’as démontré que j’avais tort. Tout tourne rond chez toi. »

La rousse se calma. Son regard troublé fit le point, doucement, sur la norn qui lui faisait face.

« D’ailleurs… je ne me souviens plus du nom de ton équipage. » Heidrunn sourit doucement. Faussement.

« Les Sorcières des mers. » La rousse se détendit. Un clignement... Ses illusions éclatèrent.

La norn acquiesça. Gentiment. « Évidemment. »

Oui... Bien sûr.
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Kaz Hamm
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MessageSujet: Re: Kaz Hamm [Sorcières des mers]   Mar 15 Oct - 15:21

Avec ou sans votre accord.

Les murs de la vaste pièce étaient recouverts d'une quantité impressionnante de livres poussiéreux. La flamme d'une bougie, unique source de lumière, tanguait doucement, comme hésitant à s'éteindre pour que l'obscurité prenne la place.

Éparpillés sur le tapis, dans un bordel incommensurable, des ouvrages avaient été ouverts, chevauchés par des feuillets griffonnés jetés ça et là, pêle-mêle. Bavant sur la page de gauche d'un volume indigeste intitulé "Législation", une jeune femme rousse dormait à même le sol dans une position grotesque témoignant de la victoire subite de la fatigue. A n'en point douter, seule une à deux secondes avaient du séparer l'instant où elle était encore éveillée de celui où elle avait sombré. Une trace rouge sur son front attestait, plus vicieusement, du moment où sa tête était entrée en collision avec le maléfique Code des lois Tyriennes.

Ce fut au moment où la flamme menaçait de s'éteindre réellement -vaincue- que le vieil homme qui l'observait sortit de l'ombre. Sa main vint entourer la lumière, la préservant encore quelques instants.

Le vieux Wilfried afficha un sourire satisfait, puis posa son regard sur la rousse, toujours profondément endormie. Il vint prendre appui sur la table - celle-là même qui soutenait la bougie- et contempla longuement la jeune femme.

Et il attendit, silencieux, plongeant dans quelques obscures réflexions. Son regard s'attarda sur les cernes de la rousse, puis sur les vestiges de ce qu'il jugea avoir été des larmes. Probablement de fatigue.

Et il attendit encore, jusqu'à que la jeune femme bouge et grogne et que ses paupières se soulèvent. Elle avisa sa présence presque immédiatement, à travers la confusion que le sommeil maintenait encore sur elle.

"Encore vous...?" Le marmonnement arracha un fin sourire au vieil homme. "Bon sang, qu'est-ce que vous fichez ici !"

"Je vous l'ai déjà dis, Miss Hammerson, je vous suis." Nota calmement Wilfried.

"Évitez de m’appeler comme ça, c'est franchement ridicule." Elle fronça les sourcils, signe de sa contrariété. "Dégagez d'ici !"

Loin de paraître outré, le vieil homme sourit plus largement encore. "Certainement pas. Vous êtes particulièrement difficile à pister, jeune fille."

Un rire nerveux lui répondit. "Qu'est-ce que vous voulez, à la fin ? Je vous ai déjà dis que je n'avais pas besoin d'une nourrice dans votre style, ni d'une nourrice tout court, d'ailleurs !"

L'homme pris le temps de songer à une réponse adéquate, laissant le silence s'installer durant quelques longues secondes. "Je vous l'ai dis également..." Sa voix s'éleva, restant pourtant proche du murmure, de la confession. "Je souhaite respecter une vieille promesse."

Elle le jaugea, toujours hostile. "Je vous en libère."

Wilfried laissa passer un rire, bref. "Vous n'avez pas ce pouvoir, Miss."

"Je pourrais vous tuer maintenant, pour que vous me fichiez la paix." La rousse darda sur lui un regard ouvertement menaçant.

"J'en doute." Il sourit, d'un air tranquille. De ce type d'expression qu'adoptent ceux qui savent où se situe le mensonge. "Je suis intimement persuadé que vous ne pourriez pas."

Ils se fixèrent longuement. Elle repris enfin la parole, dans un soupir. "Je le ramènerai. Vous ne m'en empêcherez pas... S'il était votre ami, si l'affection que vous lui portiez est telle que je le suppose, vous m'aiderez."

"Au contraire..." Son ton se fit plus grave, comme contenant un avertissement. "Au nom de l'amitié et du respect que j'avais pour votre père, je mettrais tout en œuvre pour que vous n'y parveniez pas, par n'importe quel moyen... hormis ceux qui pourraient vous coûter la vie, Kaz, parce que c'est bien là ce que nous devons éviter à tout prix : votre mort."

"Dans ce cas..." La rousse inspira, profondément. "Vous m'aiderez contre votre gré. Vous ne sortirez pas d'ici. Je suis navrée."

Un éclair de surprise passa dans le regard du vieux Wilfried, en réponse à l'incompréhension qui le traversa à cette déclaration. Juste avant que -sous le regard désolé de la jeune femme- le piège se referme sur lui.
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Kaz Hamm
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MessageSujet: Re: Kaz Hamm [Sorcières des mers]   Mar 15 Oct - 17:11


L'Origine


///

Elle le suivait du regard, chaque jour.

Elle lui offrait un rôle dans ses rêves, chaque nuit.

Il portait en lui ce feu, cette lumière brûlante, captivante. Se reflétait sur son armure les rayons d'un soleil qui l'aveuglait, égarait ses pensées, troublait sa vision.

Elle l'admirait.

///

Il ne la voyait pas. Il ignorait presque jusqu'à son existence... "Presque". Il le sentait, ce regard. Il le ressentait, associé à un malaise grandissant.

Il comptait les jours. Plus que cinq avant qu'il ne rentre, qu'il ne retrouve sa femme et son enfant. Son petit garçon lui manquait.

Plus qu'une addition d'heures longues et pénibles avant que ne s'achève sa mission. Avant qu'il ne puisse se soustraire à ce regard gênant. Dérangeant.

///

Elle tenta plusieurs fois d'attirer son attention. Par des gestes. Par des sourires. Comment expliquer, alors, qu'il ne se rende pas compte ? Pourquoi - par quel fichu malheur- ne pouvait-elle pas capter son regard ?

Elle n'avait pas la grâce des précieuses de la ville. Elle ne sentait pas la rosée du matin. Elle n'avait de la rose que les épines. Mais sa peau pouvait être douce, elle le savait, et bien qu'elle ne possède pas la culture des plus érudits, elle savait comment mener une conversation, comment chasser l'ennui et embellir les vies.

Pouvait-il soupçonner la passion qui l'animait ? L’obsession qui la gagnait, alors qu'il s'évertuait à l'ignorer, à la rejeter ?

Sentait-il... Ressentait-il...

///

Il la fuyait.

Il la craignait. Sa raison lui soufflait que ce n'était pas là une réaction à avoir face à une femme, que rien ne justifiait qu'il en ait peur. N'étais-ce pas habituel ? Il avait du charme, un sourire désarmant, et ce don d'attiser l'envie malgré lui.

Elle le suivait.

Il regardait par dessus son épaule, avisait cette femme brune - tant au teint qu'à la chevelure- qui l'observait et souriait, avenante.

Et il fuyait.

Il avait été tenté. L'idée de céder à cet appel muet l'avait effleuré. Furtivement. Sans doutes aurait-il plié si cela avait été une autre. Si son poil ne se hérissait pas à la pensée que ce regard là, s'il s'y offrait, ne le laisserait plus jamais repartir.

///

La folie. La rage. Le désespoir.

"Ils s'en vont demain, Marthe, sûrement qu'c'est l'temps d'se résigner, t'y crois pas ? Oh mais tire pas c'te tronche dis, va l'voir ti ch'valier d'sa reine, t'sais jamais si va pas f'nalement vouloir d'toi !"


Les rires de ses stupides amies.

La détermination que cela génère en elle. Ou bien est-ce de la colère ? Une incommensurable rage, ce fléau qui transforme l'histoire, qui modifie les personnes, les pousse à leurs extrêmes et leur inspire ce que jamais la raison n'aurait pu leur souffler.

///

Enfin.

Un sourire apaisé l'accompagnait, ce jour là. Il s'était permis de flâner, le casque sous le bras, ses cheveux roux captant le soleil comme le faisait l'armure qu'il n'osait quitter, même désormais que les affaires étaient réglées. Son regard vert, pétillant de contentement, balayait l'horizon, rêveur.

Enfin...

Un rire nerveux franchit ses lèvres alors qu'il pensait au numéro ridicule que cette femme lui avait présenté. La même, toujours. Un remord le saisit pourtant. Il n'appréciait pas être rude, il exécrait recourir à un ton sec, dédaigneux. Mais la fin justifie les moyens, n'est-ce pas ?

Elle avait tourné les talons, furieuse et blessée. Mais elle était partie.

N'étais-ce pas... l'aider, que de lui présenter cette odieuse facette de sa personnalité, pour qu'elle le regarde partir sans regret ? Pour que la quitte cette obcession effrayante qui troublait jusqu'au sommeil du combattant qu'il était.

Puis le silence. Le silence vint, troublant.

Son expression se figea alors qu'il croisait à nouveau le regard de la jeune femme. Elle avait remplacé le décor qu'il observait, distraitement. Elle avait profité de cet instant précis où il s'accordait à relâcher sa vigilance...

Le décor disparu totalement, englouti par le néant, de la même manière que le firent ses pensées ensuite, alors qu'une voix s'élevait, douce et caressante... Envoûtante...

"Viens mon chéri... Il était temps que nous soyons réunis."
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Kaz Hamm [Sorcières des mers]

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