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 La traque [Fermé]

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Jaal Atheyrla



Messages : 1
Date d'inscription : 24/04/2013

MessageSujet: La traque [Fermé]   Mer 24 Avr - 17:56

Musique d'ambiance (facultative)


La pièce était grande, immense même. A moitié vide, un épais bureau en bois sombre demeurait au fond de la salle, derrière lequel trônait un fauteuil. Sur sa droite, un petit râtelier avait été installé, soutenant quelques épées de bonne factures, mais aussi des sabres, coutelas, dagues, et même un arc accompagné de son carquois. Un simple placard lui faisait face, de l'autre côté. De la même couleur que le bureau, quelques formes et autres arabesques avaient été tailler dedans, avec amour. Une cheminée était aussi présente, à côté de laquelle des rondins de bois étaient empilés. Le brasier, dans l'âtre, rugissait, noyant le lieu dans une chaleur étouffante...

La femme attendait. Installée confortablement dans l'énorme fauteuil de cuir, les yeux clos, elle semblait dormir. Alors que sa poitrine se soulevait lentement, sa jambe droite était passée par-dessus l'accoudoir. Sa tête, elle, reposait sur son poing fermé. Elle ne portait aucun vêtement, se trouvant dans le plus simple appareil. Bien qu'ayant dépassé la trentaine depuis quelques années déjà, ses muscles demeuraient secs et durs, parfaitement dessinés. Certains auraient pu la trouver belle, mais les deux côtés de son crâne étaient rasés, une longue crête rousse se déployant sur son sommet avant de retomber en cascade derrière sa nuque.

Elle resta un long moment encore prostrée dans cette position avant de remuer. Relevant la tête, elle se redressa lentement, se penchant en avant pour saisir une des épées qui dormaient sur la table. Ses doigts effleurèrent le pommeau, avant de s'enrouler avec une véritable grâce autour de la poignée de l'arme et de la ramener sur ses jambes. Lorsque l'acier froid toucha sa peau, il n'y eu aucune grimace, aucun gémissement. Son visage resta impassible, et nul muscle ne se contracta pour encaisser cette soudaine fraîcheur.

Nombreux en Tyrie étaient ceux qui se targuaient d'être dangereux. Ce n'était pas son cas. C'était une tueuse. Une prédatrice. Capable de traquer sa proie de Kryte aux profondes Cimefroides, elle n'avait jamais essuyé le moindre échec. Elle ne songeait même pas à cette possibilité. Véritable molosse, elle ne s'arrêtait ni ne se décourageait jamais. Tout ce qui l'importait, c'était d'atteindre son but, sa cible. Elle ne se préoccupait jamais du temps, capable d'attendre plusieurs mois embusquée, voire plus, s'il le fallait. Elle se moquait des raisons de chacun. La traque. C'était tout ce qu'elle voulait, tout ce qu'elle souhaitait. Elle ne s’embarrassait d'aucune question, se contentant toujours de prendre la moitié de la somme convenue avant son travail. C'était pour cette raison qu'elle était si demandé, mais aussi pour cela que les prix de Jaal Atheyrla étaient si élevés.

La femme se leva, rejoignant le centre de la pièce. Elle commença à s'étirer, pour dénouer les muscles de ses bras et de ses épaules. Appuyant sur ses cuisses, elle se pencha d'abord sur la gauche, puis la droite. Plusieurs fois, elle plia les genoux. Après un instant, elle revint vers le bureau, toujours nue, pour s'emparer de la seconde épée. C'était la réplique exacte de la première. Ciselées de fins filigranes d'argent, elles avaient le poids idéal, parfaitement répartit. Véritables armes de maître, elles lui avaient coûté une fortune, mais Jaal ne regrettait pas la somme dépensée. Avec, elle se sentait complète, totalement. Chose étrange, car celles-ci n'avaient encore jamais goûté le sang...

Revenant se placer au centre de la salle, elle leva l'épée qu'elle tenait dans sa main gauche devant son visage, laissant la droite, à l’horizontale, à quelques centimètres de ses fesses. Inspirant avec lenteur, elle plaça un pied en avant, fermant les yeux. Elle attendit ainsi un long moment, laissant la chaleur du feu s'estomper avant d'ouvrir les yeux.

La neige tombait, s'accrochant à ses épaules. Elle entendait les rires, elle entendait l'acier. Son esprit, en un instant, fut clair. Elle sut. Du premier mot, jusqu'au dernier geste. Le nombre importait peu cette fois. Elle était prête. Elle vit la gueule de l'aigle d'argent foncer vers son ventre. Attendre. Encore et toujours. Jusqu'à ce que le souffle glacial disparaisse. C'était ainsi. D'un geste ampli de dédain, elle dévia l'arme du plat de la lame. L'acier tinta. D'un mouvement brusque du poignet, elle repoussa le coup mortel, tout en s'élançant en avant. La pointe taillada le thorax du premier assaillant. Sans attendre, elle tourna sur elle-même, ramenant sa main droite devant elle, plaçant la gauche en retrait. Deux au sol. Ce n'était pas suffisant. Elle transperça de part en part le premier qui se jeta sur elle. Il tomba à genoux, et elle posa son pied contre son épaule, l'envoyant en arrière tout en dégageant son épée. Les autres approchèrent avec plus de prudence. Bloquant le premier coup avec la garde, elle abattit sur le bras sans protection sa seconde arme. A nouveau, les hurlements. Le sang qui coule contre son visage. Pas assez. Si peu. D'un bond, elle fut sur eux, faisant siffler ses armes, sinistre et funeste mélodie pour bon nombre d'entre eux. Du coin de l’œil. Quelque chose qui bouge, dans les fourrés. A nouveau, des regards. Sans pitié. Et la Mort qui, joyeusement, compte ses cartes. Le blanc devient ocre, et la lune se drape dans ses plus beaux atours. Enfin, le silence. Un dernier rire, qui résonne, derrière elle. Toujours le même, tant d'années plus tard. D'un bond, elle se retourne, l'arme dressée pour frapper, encore et encore, toujours du même geste mortel et fatidique...

Le feu lui faisait face. Un genou au sol, son bras s'apprêtait à plonger dans le brasier pour y planter son arme.Elle le fixa un instant, avant de se redresser. Son corps était couvert d'une fine pellicule de sueur, mais elle n'y prêta aucune attention. D'un pas lent et mesuré, elle s'apprêtait à retourner s'étendre sur son fauteuil, lorsque trois coups se firent entendre, discrètement frappé à la porte.

_C'est ouvert.

La porte s'ouvrit légèrement, devant le visage usé d'un homme d'une soixantaine d'années. Le temps ne l'avait pas épargné, et de profonds sillons couraient sur son front et ses joues. Il servait sa famille depuis des années déjà. Lorsqu'elle était encore bébé, il lui avait même changé ses langes. Malgré son air, et le surnom d'oncle Alzaïr qu'elle lui donnait, il ne fallait pas s'y tromper. Il était tout autant dangereux que par le passé. Autrefois connu sous un autre nom, certains se souvenaient encore comment il avait réussi à abattre huit tueurs, qui s'étaient glissés dans la maison, quelques années plus tôt, pour tuer sa protégée.

_C'est encore elle, je suppose ?

Elle ne prit pas la peine de préciser de qui elle parlait, et, après un instant, elle demanda à Alzaïr de l'emmener ici. Celui-ci paru surpris, mais ne discuta pas. Depuis plusieurs jours déjà, un peu moins d'une semaine, une femme d'un village proche tentait par tout les moyens de l'atteindre. Elle l'avait reçu le premier jour, avec son enfant. Les deux semblaient brisés, anéantit. Elle en connaissait la raison. L'histoire de la mort de son mari avait fait bien vite le tour des environs, quoique la plupart ignoraient ce qui s'était réellement passé durant cette nuit-là. Depuis, la femme réclamait vengeance. Pas pour lui, Jaal en était sûre, mais pour ce qu'elle avait subi ensuite. Elle voulait faire endurer le pire à son bourreau, avant qu'il soit tué. La tueuse l'avait écouté patiemment, avant de lui donner son prix. Quand la femme lui avait dit ne rien avoir, elle l 'avait jeté dehors sans autre forme de procès. Pourtant, celle-ci continuait à insister. Lorsqu'elle l'avait menacé de la réduire en charpie si elle ne partait pas, elle avait éclaté en sanglots, et était tombée au sol, dans les bras de son fils. Pourtant, elle était restée, continuant à insister pour que la rousse accepte son offre. Après quelques jours de réflexion, et quelques lettres inquiétantes, Jaal avait décidé de l'écouter une dernière fois...

Elle s'approcha du placard, en tirant un verre ainsi qu'une bouteille. Le vin rouge coula, l'emplissant à moitié. Reposant la bouteille, elle retourna s'installer sur son fauteuil, croisant les jambes sur le bureau. Une nouvelle fois, on frappa à la porte. Cette fois-ci, ce fut une femme et son gamin qui entrèrent. Elle faisait toujours peur à voir, son visage boursouflé, son pas tremblant. Le visage du garçon était quant à lui blanc, comme s'il avait vu un démon jaillir d'un tiroir pour s'emparer de lui.

Jaal resta silencieuse, immobile, tandis que la femme fronçait les sourcils. Pas seulement pour sa nudité, elle le savait. Un instant, les deux se contentèrent de se fixer, mais bien vite, l'une d'elles détourna le regard. Jaal ricana, et le garçon resserra plus encore ses petites mains sur la robe à moitié déchirée de sa mère. Celle-ci, bien vite, se mit à parler.

_Je vous en prie... Je sais que c'est trop peu, mais je vous donnerais tout ce que je possède, absolument tout... Trouvez la chienne qui m'a... Nous a fait ça, et faites lui payer. Je trouverais un moyen... Il y en a qui me doive quelques services... Je sais que je pourrais...

Les prières continuèrent, tandis que Jaal sirotait son verre, n'écoutant que d'une oreille les paroles. Elle avait déjà entendu tant de fois ce genre de mots, et elle savait qu'une fois qu'elle aurait fini son travail, la femme disparaîtrait. Elle serait obligée de la chercher, et la trouverait dans un bordel, ou en train de louer ses services dans une quelconque ville. Bien entendu, elle n'aurait pas de quoi la rembourser. Elle prendrait ce qu'elle aurait, puis la tuerait. C'était écrit. Pourtant, aujourd'hui, elle avait une idée en tête...

_Votre garçon.

L'autre s'arrêta de parler, baissant la tête sur son enfant. Jaal continua.

_C'est la seule chose que j'accepterai. Laissez-le-moi, et oubliez-le, et je vous assure que je m'occuperais de votre affaire, que cela me prenne une semaine, cinq ans, ou l'éternité. Si vous refusez, je vous conseille grandement de quitter ma propriété sur l'heure, et de ne plus y revenir. Alzaïr, celui qui vous a ouvert, est un homme vieux, mais bien moins patient que moi. En outre, il a une magnifique arbalète, en ébène, a deux coups. Une véritable merveille, capable d'abattre un sanglier à plus de sept mètres. Je crois aussi savoir que vos braillements, le soir, l'empêchent de dormir. Il ne faut jamais empêcher un homme de se reposer, vous savez ? Ça les rend... Violent...

Bien que son visage resta impassible, Jaal se permit enfin de sourire intérieurement. La femme n'avait pas quitté son enfant des yeux, alors qu'elle parlait. Elle avait refermé sa main sur la sienne, et la serrait férocement. Elle allait accepter. Elle aimait peut-être son enfant, mais elle était brisée, incapable. Elle ne voulait que la vengeance. Une fois faite, elle se laisserait sans doute mourir, ce qui était le mieux, vue de son visage.

Elle lâcha la main de l'enfant, le poussant devant elle. Jaal se pencha en avant, déposant le verre vide sur le bureau. Après quoi, elle se racla la gorge.

_Alzaïr !

L'attente fut brève. Bien vite, le vieil homme poussa la porte. Il n'eut aucun regard pour les deux visiteurs, de même qu'il ne prêtât nullement attention à la nudité de la tueuse. Si le visage de celle-ci était impassible, le sien semblait taillé dans la pierre. Pareil à une statue, il fit trois pas dans la pièce, et s'arrêta.

_Emmène le garçon. Fais-lui visiter la propriété, ainsi que le jardin s'il en a envie. Après quoi, emmènes-le aux bains, qu'il se lave : je sens son odeur de crottin d'ici, et je ne veux pas qu'elle se dépose sur les murs. Trouves-lui aussi une chambre, et qu'il mange dans les cuisines. Je m'entretiendrais avec lui dans deux heures.

Elle jeta un œil à la femme.

_Quoique sans doute plus...

Alzaïr, qu'on pouvait considérer comme le majordome du lieu, fit signe au garçon de le suivre. Celui-ci se contenta d'ouvrir ses deux petits yeux, effrayés, tentant de revenir contre sa mère. L'homme l'attrapa finalement par le bras, et le tira vers la porte. Aussitôt, le gamin hurla, se débattant. Ce ne fut pas suffisant : malgré son âge avancé, son aîné avait une véritable poigne de fer. La porte se referma. Quoique atténué derrière l'épais morceau de bois, des pleures se firent entendre, suivit d'un grondement. Une voix grave résonna de l'extérieur, et l'enfant se calma. L'épais tapis, dans le couloir, étouffa le bruit des pas qui s'éloignaient.

Les yeux de Jaal parcoururent un instant le vide, avant de se poser sur la femme. Celle-ci fit un pas en avant, sûre d'elle, avant de s'arrêter soudainement, hésitante. A nouveau, un sourire perça dans l'esprit de la tueuse. La détresse de celle qui lui faisait face était si profonde qu'elle en devenait amusante. Jaal savait que si elle lui demandait de se déshabiller, de danser nue pour elle, sans raison, celle-ci obéirait, pour voir sa vengeance accomplit.

Un instant, elle tapota sur sa cuisse, avant de lui faire signe d'approcher.

_Assieds-toi. Ensuite, tu me diras tout ce que tu sais sur elle...

Il n'y avait nul autre fauteuil, siège ou tabouret dans la salle. La femme, néanmoins, obéit...
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Shadëe
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MessageSujet: Re: La traque [Fermé]   Lun 6 Mai - 11:04


Je n'ai pas senti l'étau se resserrer autour de moi.

Il y avait eu des indices pourtant... Mais je n'avais rien vu, trop orgueilleuse sans doute pour imaginer que quelqu'un oserait s'en prendre à moi. « Vraiment » s'en prendre à moi...
Il ne s'agissait pas cette fois d'un petit jeu, comme celui auquel je m'adonnais depuis quelques jours avec cette jeune humaine. A elle, j'avais offert une laisse imaginaire que j'avais moi même sertie autour de ma gorge. Une distraction légère pour lui laisser croire qu'elle avait réellement le contrôle... mais cette laisse, je l'enlevais quand je le souhaitais, pour la lui passer au cou.

Par contre, cette femme, cette norn, quand elle m'aborda sur les quais, près du navire, porteuse d'un message d'un cadavre du passé, j'aurais du commencer à me méfier. Car dès lors, je n'étais plus prédateur... j'étais devenue la proie. Elle m'avait suivie longtemps, des années... jusqu'à me débusquer enfin, sur mon propre territoire. Elle était sur cette plage quand je riais aux éclats, arrogante, aveugle au danger avec cette jeune humaine. Elle était encore là au bar de l'arche quand je buvais le cœur léger, en compagnie de mes soeurs, me vantant de mes derniers exploits. Quand la fatigue se faisait sentir et qu'elle aurait pu m'abattre sans le moindre effort... toujours là, tapie non loin, à me scruter de son regard acéré.

Et je n'ai rien senti...

L'ironie veut qu'elle œuvra avec tant d'habileté, semblant m'avoir étudié longuement, que c'est moi qui me jetais entre ses griffes, quand elle me rejoignit une nouvelle fois alors que j'étais seule. Elle m'amena, en provoquant ma fierté, à lui proposer un combat. Je croyais qu'elle était là pour me tuer, et à ce moment, il me semblait juste inconcevable que quiconque en fut capable.
«Tu ne sembles pas si redoutable que les rumeurs veulent à le faire croire », m'avait elle dit.

J'en ris encore en y songeant...
Personne ne s'était encore élevé devant moi, personne n'avait réussi à me faire taire ni à arrêter mes caprices. Comment pouvais je imaginer qu'elle le pourrait plus qu'un autre ?

Et puis... même si quelque chose au fond de moi s'était mis à vibrer en sa présence, comme cherchant à me prévenir que cette fois, les choses étaient différentes, j'avais fait le choix de pas y prêter l'oreille. Peut être me montrerait elle les limites que je ne trouvais nulle part ? M'y heurter devenait un besoin viscéral, et je repoussais chaque fois plus loin les frontières de mon corps, de la loi, de la patience des autres... Il n'y avait pas de murs que je ne pouvais briser.


C'est d'un parchemin planté d'une dague sur le mât du navire qu'elle me fit son invitation.

Je la retrouvais donc près d'un camp harati, au cœur de Gendarran. Elle attendait calmement, ses armes posées sur la montagne près d'elle quand je la rejoignis. L'heure précédente, j'avais confié la seule clef de la cage aux esclaves à l'asticot quand elle m'avait demandée s'il n'y avait rien d'inquiétant à mon rendez vous. J'espérais sans doute que ça le soit, pour une fois... Mais c'est tout sourire, pleine d'impertinence, que je l'abordais une nouvelle fois. Elle me proposa un pari sur l'issue du combat. Sans la prendre au sérieux, j'acceptais son offre quand elle m'appâtait avec son corps et une bourse d'or si je gagnais. Non que j'en avais réellement envie, n'étant pas attirée par les femmes, mais pour le simple plaisir d'humilier cette guerrière, l'enjeu était plaisant.
Si c'était elle, elle pourrait me demander ce qu'elle voulait sans que je ne puisse refuser.

Le combat s'engagea et dura longtemps... le soleil disparut à l'horizon, irradiant le ciel de teintes enflammées, que la transpiration et le sang coulaient encore sur notre peau.
La veille, j'avais joué avec la jeune humaine et j'étais tombée du haut d'une falaise, me cognant l'arrière du crâne contre la roche à en perdre connaissance. Sans doute serais je morte si elle ne m'avait tirée des flots d'ailleurs... mais alors qu'il ne semblait se dessiner aucun vainqueur à ce combat avec la norn, aucune de nous prête à abandonner mais la fatigue s'accentuant pour l'une comme pour l'autre, elle glissa dans mon dos alors que j'attendais une attaque frontale. Elle frappa là où la falaise avait commencé à m'affaiblir... Je m'effondrais aussitôt.

J'avais perdu.
Mais elle ne m'acheva pas. Bien au contraire, elle me tendit une gourde d'eau quand je revenais à moi. Elle me laissa le temps de me remettre et je la questionnais sur ces intentions. Je n'obtins évidemment aucune réponse qui soit satisfaisante. Mais elle ne se montra pas plus agressive. Le combat était fini, elle semblait avoir obtenu ce qu'elle voulait.

Et quand elle réclama sa récompense, je la targuais d'un rire méprisant et me détournais d'elle pour aller récupérer mes armes, abandonnées pour le combat.
« Lèche mes pieds » avait elle demandé.
Quelle sotte. Comment pouvait-elle imaginer que je m'abaisse à cela ?
Pourtant, elle m'avait vaincue et maintenant que j'y prêtais attention, elle avait reçu bien peu de mauvais coups, comparée à moi. J'avais le nez en sang, la joue gauche ornée d'un hématome violacé, sans doute une côte brisée. Elle aurait sans doute pu recommencer immédiatement...

Dans mon dos, elle menaça de s'en prendre à mes sœurs, promettant de les traquer une à une et de leur donner la mort si je ne m'absolvais pas de mon dû. Incrédule mais touchée sur un point sensible, je lui fis face. Non, elle ne pouvait pas...

Mais je savais, comme elle, que c'était pur mensonge.
Je n'avais pas réussi à la mettre à terre. Quant à elle, elle m'avait traquée dans l'ombre pendant un temps dont je ne soupçonnais même pas la durée. Bien sûr qu'elle pourrait faire ce qu'elle menaçait. Et je n'avais sur l'heure aucun moyen de l'en empêcher. De surcroît, elle dégageait quelque chose d'une intensité violente qui me faisait frémir.

Elle ne voulait pas ma mort, je le compris alors... c'était moi qu'elle voulait. Et c'était sans doute bien pire.

Quand j'eus compris qu'elle avait gagné plus que ce combat, je l'emmenais avec moi dans une auberge isolée d'un territoire voisin. Elle souhaitait me voir plier, soit, mais je ne le ferais pas en pleine campagne. Ce serait à l'abri d'une chambre fermée, sans regard ni oreilles autres que les siens pour être témoin de ma défaite.


Vexée mais résignée, la vie des mes sœurs ayant bien plus de valeur que la mienne, je m'enfermais dans cette large chambre avec elle, clôturant portes et fenêtres, interdisant à qui que ce soit d'y pénétrer, quoi qu'ils entendent. Je payais grassement la tenancière pour que ma volonté soit respectée. Elle dut sentir à mon ton que je ne plaisantais pas.

C'est par la pointe de ses épées qu'elle me fit obéir.
Malgré la crainte pour mes sœurs, poser le genou à terre et m'imaginer poser ma langue sur ses pieds me pétrifiait de colère, je ne parvenais pas à faire obéir mon corps. S'amusant de mon désarroi, elle posa sa longue lame sur ma gorge, me plaquant au mur et me proposa deux choix.
J'eus l'impression de perdre pied en l'entendant les énoncer, en riant, superbe, m'acculant en feignant quelques grandeurs d'âme à atténuer ma peine. Je fermais les yeux, ne comprenant pas pourquoi mes tripes se serraient, la peur se mêlant à l'excitation sourde d'avoir enfin trouvé un mur sur lequel me jeter, un mur qui ne céderait pas par mes manigances habituelles.

« Lèche mes pieds avec gourmandise, ou tu hurleras de douleur et de plaisir toute la nuit, au point que les gens ne sauront pas si tu te fais prendre par cinq hommes en même temps ou si je t'ouvre en deux. »

Elle découpa les lanières de ma tunique, jouant des épées avec habileté, continuant à me susurrer combien j'allais comprendre que j'avais trouvé ma maîtresse, enfin. Tout se bousculait en moi. Je brûlais de me jeter à sa gorge, de lui arracher la chair avec les dents, d'enfoncer mes pouces dans ses orbites jusqu'à ce que je sente son cerveau suinter sur mes ongles... Et pourtant en la regardant, c'est moi que je voyais. Combien de fois avais je agi ainsi également... sans aucun égard pour la moralité ni l'honneur de mes victimes. J'étais devenue ce que j'avais passé tant d'années à briser.

« Toi tu es un chien enragé, moi je suis un loup »
Son calme et son port altier ne faisait que lui donner raison, alors qu'en moi bouillonnait un volcan de fureur prêt à exploser.

Tout à la fois, j'avais l'impression de me sentir vivante comme jamais je ne l'avais été, ainsi prisonnière de ses menaces et de ses ordres sans aucun sens. Je n'étais plus celle qui décidait.
Perdre le contrôle de soi, des autres, c'était comme se jeter brusquement dans le vide... la sensation que son cœur s'arrête et qu'en même temps, il se met à battre plus fort que jamais. La certitude qu'on va mourir d'ici quelques secondes et avoir l'impression d'être vivant à vouloir en hurler, tant la liberté qui nous étreint nous submerge.

Dans un dernier accès de colère, j'arrachais moi même ma tunique et jetais mes dagues au sol.

Elle me conduisit au bord du lit, m'ordonna d'ôter mes vêtements et elle dénoua sa ceinture, l'enroulant autour de sa main. Je lui offrais mon dos en pâture, la tempête qui embrumait mon esprit avait eu raison de ma volonté, j'étais pleinement soumise à la sienne à présent. J'essayais de comprendre, désespérément, me raccrochant à ce qui, au fond, n'avait aucun intérêt : Qui avais je fait souffrir assez pour qu'elle me soit envoyée ? Elle était venue pour me faire expier tout ce que j'avais fait endurer... Laquelle alors de mes victimes avait réussi à me stopper ? Comment avais je fait, m'instrumentalisant moi même, pour provoquer ma propre perte ?
Car c'était bien de cela qu'il était question.

J'étais le bâton, le bourreau et la victime.

J'étais ce corps lâché dans le vide qui filait à vive allure dans le néant, attirée par le sol sans jamais l'atteindre.

J'étais la destruction et la renaissance de ce que j'aurais pu être... de ce qu'elle aura une chance de faire de moi.

Le reste de la nuit est flou...

Je me souviens du mordant du cuir qui dévora ma chair, je me souviens de son regard, de ses mains qui remplacèrent la dureté de la peau tannée... je me souviens de l'odeur de son corps qu'elle plaqua sur mes lèvres, serrant ses cuisses autour de mon visage... je me souviens de l'écho de son rire dans la nuit et de mes cris, des siens, alors qu'elle était en contrôle, riant, et que je succombais, folle et perdue...
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La traque [Fermé]

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